La Soye - La Brasserie et les Forges

 

 

La brasserie de La Soye

L’invasion de 1542 fut désastreuse pour le Duché de Luxembourg. De plus, l’hiver de 1544 à 1545 fut tellement rigoureux que toutes les récoltes furent anéanties et de nombreux villages eurent à subir la famine.

Pendant que la guerre, la peste et la famine sévissait tour à tour dans le pays, le village de Gérouville ne fut pas épargné. Mais ses habitants protégés et secourus par les moines d’Orval, eurent à souffrir beaucoup moins que leurs voisins.

Les populations furent décimées entraînant la disparition de certains hameaux dont celui de « Luz », hameau situé au dessus de Gérouville, faisait partie du Comté de Chiny mais dépendait du Sire de Latour.

Le village de Gérouville ne comptait plus, que trois cents habitants malgré l’intégration de la population de « Luz ».

Toutefois, un évènement voisin s’était produit en 1538, à l’emplacement du moulin de « Luz ».

En effet, Henry de Vance, ignorant ou négligeant les droits que l’Abbaye d’Orval avait acquis sur le ruisseau de Limes en 1286, y construisit avec l’autorisation de Charles-Quint, une forge et une fourneau.

La Soye est une vallée forestière où les ruisseaux des Douze fontaines, la Grosse fontaine et de la fontaine aux bouillons se rejoignent. On sait que la première usine établie dans ce lieu fut une scierie adjointe au moulin de « Luz » ou bâtie plus tard sur l’emplacement de ce moulin.

 

 

 

L’industrie métallurgique y fit son apparition grâce à Henri de Vance. De vastes étangs s’étageant de distance en distance furent construits et ménagèrent à l’usine d’importantes chutes d’eau.

A la vue des constructions qui s’élèvent, les moines d’Orval réagissent et pour éviter un procès perdu d’avance, Henri de Vance conclut un arrangement avec les moines : le cours du « Wey » lui est arrenté : il peut tirer aux bans de Gerouville, Limes et Luz à charge de rendre par an, vers la Jean-Baptiste, 1.500 de fer cru.

(N.B. : 1500 = 750 Kgs = le poids d’une gueuse)

Henri de Vance ne pouvait exploiter à La Soye que forges, fourneaux, fenderies et lavoirs de mines.

Pourtant, Henri de Vance choisit mal le moment d’implanter la métallurgie à La Soye, en effet les prix des matières premières, de la main d’œuvre , relativement stables, se mirent à monter en flèches en raison de l’arrivée des métaux précieux d’Amérique.

Sur une période d’une trentaine d’années, l’épeautre et l’avoine triplent de prix, le bois est en hausse, le minerai et le fer doublent de valeur. L’emploi de la main d’œuvre , fait monter les salaires.

Henri de Vance et ses descendants rencontrent de graves difficultés financières

N’ayant pu s’affranchir des « 1500 de fer », la famille d’Henri de Vance se rend compte que les forges deviennent non viables et abandonne.

Les fourneaux de La Soye, comme beaucoup d’autres entre 1575 et 1595, s’éteignent pour longtemps.

Nicolas DAVID, que les conditions économiques n’effrayent pas reprend en 1614 l’arrentement de La Soye aux mêmes conditions que Henry de Vance, mais à charge de payer en sus 9 florins de 20 sous, chaque an, à l’octave de Noël.

A sa mort, son fils Claude DAVID poursuit l’exploitation et installe la fenderie.

Les prix subissent une nouvelle flambée entre 1615 et 1630, la hausse est estimée de l’ordre de 7%, avec une poussée supplémentaire en 1636, « année des Croates ».

En 1635, la France déclare la guerre à l’Espagne, et l’armée de LouisXIII fait irruption dans nos contrées y causant ravages et désastres. Sans cesse des troupes mercenaires promènent le feu et le fer dans les régions de Virton, Montmedy, Chiny et Ivoix (Carignan). Les hostilités se prolongèrent durant plusieurs années.

Au premier cri d’alarme, les gens se précipitent dans les bois abandonnant au pillage leurs maisons et troupeaux.

En 1636, l’invasion des Croates, et la peste qui sévit dans nos contrées mit le comble à ces malheurs. La population fut réduite à beaucoup d’endroits à sa plus simple expression et des villages entiers disparurent. Le passage de ces hordes laisse Villers/Orval, Limes, La Soye et Meix-dt-Virton en ruines. (La population de Meix , enfermée dans l’Eglise , périt dans l’incendie de celle-ci. Du village il ne resta que deux maisons Le village a semble-t-il été repeuplé en majorité par l’arrivée de Hennuyers.)

Les vides laissés dans la population de Gérouville furent comblés par la plupart des habitants de Limes qui y émigrèrent.

Le pays était toujours en état de siège, la population ruinée et découragée hésitait à reprendre ses travaux. Mais le spectre de la famine apparaissant elle se remettait à l’oeuvre.

En 1641, la population de Gérouville dut à nouveau se réfugier aux bois en raison de la présence de mercenaires.

En 1659, les espagnols battus, le traité de Paix fut signé dans les Pyrénées, l’art 38 du traité stipulait que Gérouville devint français tandis que La Soye et Limes restaient sous domination espagnole.

Bientôt le village de Limes se releva de ses ruines et avec la Soye, il continua à appartenir au Duché de Luxembourg espagnol, prévôté de Chiny.

En 1666, Louis Bonneau, maître des forges au Faing, acquiert l’arrentement de La Soye. Marié en 1656 avec Melle Bienayse de Gérouville, il construit en 1678, l’actuel château de La Soye.

 

 

En Mai 2001

Les forges dont l’activité s’étaient ralenties appartenaient alors à Louis Bonneau qui construisit le Château en 1678.

Son fils Jean-Louis Bonneau, marié à demoiselle Isabelle Mathurin, lui succéda et fut anobli le 29 juin 1709, portant le titre d’écuyer, Seigneur de Breux et maître des forges de La Soye Il mourut en 1738 et fut inhumé en l’église de Gérouville.

En 1740, apparaît à la SOYE le maître des forges Nicolas-Louis de la Ramée, seigneur d’Olisy, de Chauvency le Château et autres lieux. Son fils, Jean Nicolas de la Ramée lui succède. Il épouse Marie Anne Gabrielle du Faing, dame en partie du Menil.

Le mariage fut célébré par le curé de GEROUVILLE, Valérien CLAUDOT, le 08 février 1773, dans la chapelle castrale du Château de la Soye.

En 1791, les forges sont toujours exploitées par la famille de la Ramée.

En 1801, les Forges sont reprises par Henriette COTTU de CHARLEVILLE et travaillent activement pour la fabrique d’armes de CHARLEVILLE.

La forge consommait, en 1801 1.450.000 kgs de charbon de bois et 125.00 kgs de houille.

Le minerai venait de RUETTE, HALANZY et DIFFERDANGE (N.B. : 1.425.000 kgs de charbon et de bois cela représente approximativement la croissance annuelle de 2000 Ha de forêts).

La prospérité, liée aux guerres napoléoniennes cesse brusquement après la chute de l’empire. sous la domination hollandaise, tout commerce de fer est devenu impossible avec la FRANCE tant les droits de douane sont élevés.

L’indépendance belge accroît encore les difficultés par la fermeture du marché hollandais. En 1839, le marché allemand est perdu à son tour. Dans le même temps, l’industrie métallurgique est en pleine révolution : la houille cokéfiée remplace le charbon de bois et la vapeur est la nouvelle source d’énergie. La métallurgie se déplace vers les centres des matières premières, les bassins houillers et les mines de fer. Les forges et fourneaux du Luxembourg Belge, sans défense, ferment les uns après les autres.

Les derniers feux de la SOYE coulèrent, dit-on, des boulets de canon pour l’armée française qui se battait en Crimée (1854-1856). La SOYE, vaincue, s’éteint définitivement en 1858.

Les noms des maîtres de forge suivants sont liés à l’histoire des forges de la Soye.(XIXème siècle)

· Louis Xavier Desrousseaux

· Pressoles

· Francois Devillers

· Bodson, industriel de Bazeilles (SEDAN) à partir de 1816 jusqu’à sa mort le 18/8/1829.

· Jean Joseph HENRI, maître des forges à CARIGNAN et notaire en cette ville.

· Baron de Potestaet et ses fils de 1843 à 1858.

· Guichard détruit les forges en 1861 et fait de la SOYE une résidence de plaisance. Il restaure et embellit le Château ;

· Lucien NOTHOMB transforme la platinerie en pisciculture, les forges en brasserie et la fenderie en moulin.

 

En 1888, la SOYE est la résidence de Mr CRABBE, sénateur des arrondissements d’ARLON et de VIRTON. Actuellement, quatre étangs, quelques maisons, une brasserie inactive depuis 1940, des tas de cailloux verts et bleus vitreux sont les vestiges des crassiers des fourneaux qui fermèrent leurs portes en 1858.

 

Le minerai de la SOYE

 

Le minerai de fer fondu par les hauts fourneaux, chauffés au charbon de bois, ne fournit qu’une fonte impure et cassante. On imagine le « procédé wallon » soumettre les gueuses à une seconde fusion et les épurer par le martelage pour les convertir en fer.

La soufflerie et les marteaux de la Soye occupent 25 « férons ». Pour alimenter cette usine en charbon de bois, il faut environ 150 bûcherons et « faudeurs ».

De nombreux charretiers gagnent leur vie en amenant le minerai de fer à la SOYE depuis la mine.

(N.B. : la terre noire fut trouvée en 1195 en Hesbaye (Seraing et Ivoz-Ramet). Bientôt les fosses (puches-puits) s’ouvrent dans tous les coins du Borinage. La charte de 1251 en relève 45.

Les Fosses (puches) s’améliorent. Les bures ou fosses verticales sont remplacées par des galeries qui suivent les veines de houille. Les harnais servent à remonter les paniers de combustible.

Le charbonnage est drainé par les « araines » ou « saives » qui évacuent les eaux souterraines.