Rertraite de NAMUR - Bataille de la Meuse

 

 

Le mercredi 05 Août, le réveil sonne à 0300 heures, nous montons la garde dans les environs de GESVES.

Jeudi 06 Août, nous descendons de garde et vers midi nous allons aux avants postes, accompagnés de lanciers, nous capturons six uhlans.

Vers 1800 heures, nous quittons GESVES, nous nous dirigeons vers Youlx, Ton, Sanson, Goyet et nous arrivons à MOZET vers minuit.

Durant la nuit, nous récupérons, le réveil est à 0700 heures. Après avoir pris le déjeuner, nos gradés nous commandent de creuser une tranchée autour de ce village.

La pluie tombe drue depuis plus de deux heures, nos vêtements sont percés, lorsque nous recevons l’ordre de partir. Nous marchons vers NAMECHE et nous pénétrons dans cette bourgade entre 1600 et 1700 heures. Contrordre, nous devons regagner notre point de départ, nous y arrivons vers 1845 heures. Là, nouveau coup de théâtre, nous devons retourner à NAMECHE d’urgence. Nous nous tapons de nouveau deux heures de marche et pénétrons à nouveau dans le bourg vers 2100 heures, fatigués.

Pas question de se reposer, nous devons monter de garde sur la route de LIEGE jusqu’à 0600 heures.

Samedi 08 août, à 0700 heures, départ de NAMECHE pour LOYERS où on nous accorde un repos bien mérité.

Une semaine s’est déjà écoulée depuis que nous avons quitté nos familles.

Ce dimanche, le réveil est à 0600 heures et nous allons remplacer les chasseurs aux défenses accessoires du village. Vers 1000 heures, un avion allemand nous survole, une fusillade éclate, tout le monde tire sur l’avion.

Lundi 10 août, réveil à 0300 heures, café à 0500 heures, nous partons pour les tranchées où nous creusons toute la journée. Nous rentrons au cantonnement vers 2000 heures.

Mardi 11 août, nous sommes au repos et procédons au nettoyage de l’équipement. J’en profite pour écrire à mes parents.

Mercredi, réveil à 0400 heures, on nous sert du café et nous partons travailler aux tranchées.

Après un bref repos, nous quittons LOYERS pour St-SERVAIS que nous atteignons vers 2300 heures. Nous nous installons chez les Soeurs.

Jeudi, de nouveau réveil vers 0330 heures. A 0800 heures, le docteur de la Compagnie, nous donne une conférence sur l’hygiène en campagne. Hygiène qui laissera beaucoup à désirer durant la suite de la Campagne.

A midi, nous partons pour occuper les tranchées du fort d’EMINES, nous rentrons vers2000 heures. Nos officiers nous ordonnent d’arracher les cocardes au schakot ou képi.

Ce vendredi, le réveil est toujours aussi matinal, 0330 heures. Nous prenons du café et consacrons notre temps à réparer les bottines et jambières. Vers midi, nous partons à la tranchée et rentrons vers 1800 heures. A 2200 heures, nous partons pour JAMBES où nous dormons dans un grenier sur des sacs d’avoine, couchage improvisé.

Un incident émailla la soirée, un homme faillit se tuer, en passant à travers le plancher du grenier, une planche manquait.

Enfin, un jour de repos complet, ce samedi 15 août. Voilà déjà quinze jours que nous sommes en campagne.

Nous sommes de piquet ce dimanche, et nous devons rester, en tenue, sur notre cantonnement afin de réagir promptement en cas d’alerte.

Ce n’est que ce lundi 17 août, que notre officier le Lieutenant ROBERT nous donne une conférence sur le motif de la guerre.

Mardi 18 août, notre Compagnie va aux avant-postes à NAMINES pendant que d’autres se reposent à ERPENT. Nous construisons une tranchée dans un bois. Vers 2300 heures, deux coups de feu éclatent et l’alarme est donnée dans tout le secteur.

On ignore le motif des coups de feu.

La Compagnie 2/2 nous remplace ce mercredi , et nous rentrons à ERPENT. A peine, sommes-nous au repos de deux heures que les trompettes sonnent le rassemblement sur la place. On en ignore le motif. Nous regagnons nos litières. Le réveil sonne à 0400 heures. Le lieutenant FEROT nous donne une théorie sur les ruses employées par les allemands du côté de LIEGE lors de l’attaque de la ville.

Le canon tonne sans relâche.

Durant toute la matinée, nous effectuons des exercices dans un pré. Le canon a grondé au loin durant toute la nuit. Durant la journée, les canons des forts de MAIZE et de MARCHOVELETTE tirent sur les positions allemandes. L’artillerie allemande est installée derrière un bois. Nos éclaireurs repèrent avec précision leur emplacement et vers minuit les forts de MAIZE et MARCHOVELETTE ouvrent le feu pour tenter de les anéantir.

Vendredi 21 août, réveil à 0300 heures, café, les forts de DANDOIT et de DAVE se joignent aux deux précités. Cela tonne sans relâche depuis le matin jusque tard dans la nuit.

Les habitants des villages environnants prennent peur et se sauvent. Ils demandent l’hospitalité aux habitants de NAMUR. Les châteaux et les maisons brûlent.

Troisième samedi de guerre, le clairon nous réveille à 0500 heures. On entend une fanfare. Nous courrons voir et nous voyons les Français qui viennent à notre secours.

Vers 1500 heures, un avion belge survole nos positions, l’artillerie allemande se déchaîne et les boulets éclatent tout autour de lui sans l’atteindre. 1600 heures, une batterie allemande est détruite. Le fort de MAIZERET est pris pour cible par trois pièces allemandes qui heureusement ne l’atteignent pas.

Dimanche 23 août, notre peloton est de garde au château d’ERPENT où est cantonné l’état-major du 2ème Bataillon.

Vers midi, nous apprenons avec consternation que les forts de MAIZERET et de MARCHOVELETTE sont tombés aux mains des Allemands. A 1400 heures, nous recevons l’ordre de battre en retraite en passant la Meuse sur un pont en planches. Un avion allemand nous épie et nous bombarde. Tout le régiment tire sur lui sans pouvoir l’atteindre.

Notre retraite est pénible, nous marchons sur les accotements car un innombrable convoi de voitures automobiles et de chariots prennent la retraite avec nous. Nous parvenons à gagner BIOULX vers 2300 heures, toutefois, nous ne sommes pas bien les allemands nous serrent de tous côtés et nous devons traverser les lignes ennemies pour nous échapper. Certains d’entre nous parviennent à passer. Soudain, une fusillade éclate nous coupant toute retraite. Pris à l’improviste beaucoup des nôtres tombent. Nous refluons vers l’arrière.

Au village de BIOULX, nous ne savons que faire ni où aller, beaucoup de soldats errent sans chefs pour les diriger. Nous ne voyions plus d’officiers, ont-ils peur d’être faits prisonniers par les Allemands? Nous tombons de fatigue, et ne devons notre salut qu’au courage de Régiments français qui luttent tout autour de nous. Ils nous sauvent la vie.

Lundi 24 Août, vers 0300 heures, nous recevons l’ordre de nous mettre en route. Nous ignorons quel chemin prendre, les allemands nous entourent. Il est difficile pour une colonne comme la nôtre, nous sommes environ deux mille, enfin abandonnant tout l’équipement non nécessaire afin de nous alléger, nous parvenons à trouer les lignes ennemies et à nous échapper. A 0800 heures, nous atteignons les premières maisons d’ERMETON, sains et saufs.

Le centre de ce village a été bombardé et est en grande partie détruit. Nous réveillons les domestiques d’une ferme pour connaître notre chemin. Une heure après en compagnie de français nous traversons FLAVION et nous nous dirigeons sur ROSEE, nous atteignons ce bourg à 0600 heures où l’on nous accorde un repos de deux heures.

A 0900 heures, nous traversons ROMEREE un avion allemand nous survole et lâche deux bombes, nous marchons toujours sans arrêt. Les allemands sont à nos trousses, nous nous dirigeons sur MARIEMBOURG. Nous sommes arasés, nous continuons sans manger ni boire.

En cours de route, des zouaves français me donne une poule cuite au feu volant, je la partage avec un camarade, mais on ne s’arrête pas, les allemands nous suivent toujours de très près.

Nous montons sur tout les véhicules qui nous dépassent qu’il s’agisse de voitures, chariots ou canons. Je monte à califourchon sur un canon jusque MARIEMBOURG. La route est pavée, comme douceur il y a mieux qu’un canon, mais l’important est d’épargner mes pieds.

Beaucoup de mes camarades sont faits prisonniers, car ils ne peuvent sui vre la colonne, tant leurs pieds sont douloureux, nous marchons depuis tant de jours. A mon arrivée à MARIEMBOURG, je suis recouvert d’au moins un doigt de poussière blanche.

Après tant de privations et de fatigue, nous ne demandons qu’une chose, pouvoir nous reposer , nous nous laissons glisser au sol sans prendre le temps de faire une couchette. Le pavé me sert de matelas.

Pourtant, durant ce temps, c’est le sauve qui peut général vers la gare pour prendre le train et battre en retraite. Nous recevons l’ordre d’embarquer dans la soirée. A peine installé, je m’endors sans me soucier vers quel endroit je vais. Au petit jour, fourbus de fatigue, nous arrivons à COUVIN, nous recevons chacun un pain sûr et vieux . J’ai du mal à le manger. Nous nous reposons une heure. Nous sommes le 25 Août, nous reprenons notre marche forcée vers la FRANCE, nous y arrivons vers 1800 heures, le train stoppe à AUVILIERS. Nous bénéficions de quelques heures de repos et nous en profitons pour dormir.

A 0400 heures, nous partons pour la gare de LIERST. A 1800 heures, nous embarquons pour ROUEN. Nous passons REIMS, AMIENS et arrivons à ROUEN vers 2200 heures. A notre descente du train, nous sommes fourbus , nous étions serrés dans les wagons à bestiaux comme des colis sans valeur. Nous cherchons après notre cantonnement sans le trouver, et nous nous installons où nous pouvons. Erreur, car vers minuit, des chasseurs arrivent et nous délogent en nous houspillant. Enfin, une heure plus tard, nous nous endormons dans une école du Petit Duivilly, sans avoir mangé ou bu.

28 août, 0400 heures, le réveil sonne. Peu après, les habitants viennent nous chercher et nous conduisent chez eux pour déjeuner, ils sont très aimables. Pendant que les femmes racomodent nos effets, les hommes nous apportent du vin et du cidre. D’autres nous apportent des chemises, des chaussettes, car nous ressemblons plus à des mendiants qu’à des soldats.