Retraite d'ANVERS - Bataille de l'Escaut - TERMONDE

 

 

 

Réveil à 0500 heures, après l’appel, nous nettoyons notre équipement jusque midi et dans l’après midi, nous effectuons deux heures d’exercices pour nous nettoyer le corps.

A 2000 heures, les gradés procèdent à un nouvel appel.

Dimanche 30 Août, nous bénéficions d’une journée de repos, nous sortons en ville et tentons de retrouver des camarades que l’on avait perdu de vue depuis le début des hostilités.

31 Août, réveil à 0300 heures, nous recevons du café. A 0400 heures, nous partons pour ST-LEGER où nous arrivons à midi. On nous distribue un quart de pain vers 1400 heures et l’on nous précise que l’appel aura lieu à 2000 heures.

Mardi, le clairon sonne à 0300 heures, départ de suite vers la gare de ROUEN pour embarquer à midi vers une nouvelle destination inconnue. Nous ne pouvons guère nous reposer, mais il est vrai que nous sommes en guerre.

Nous ignorons ce qui se passe en BELGIQUE et ce que sont devenu nos parents et famille. Nous avons entendu parler d’atrocités, mais on se sait pas exactement ce qu’il en est. Nous partons pour LE HAVRE et là , nous embarquons sur le Transatlantique « La champagne ». Ce navire coulera plus tard après avoir heurté une mine. Salués par la foule qui se masse sur les quais, nous appareillons vers 1800 heures aux cris de « Vive la Belgique ». Nous sommes plus de trois mille soldats sur le bateau. Nous naviguons toute la nuit et une partie de la journée du lendemain, sans incident.

Mercredi 02 Septembre, nous ancrons devant OSTENDE durant quelques heures avant de débarquer. Le transbordement s’effectue sur le bateau de la Princesse, quel luxe à bord, tout est en velours. Toutefois, sur ce petit bateau, nous sommes pris du mal de mer. une fois à terre, nous nous rendons à la Caserne du 3ème de Ligne où nous prenons nos quartiers pour la nuit.

Nous sommes de nouveau sur le territoire belge.

Jeudi, nous nous réveillons à 0600 heures, nous passons la journée enfermés dans la caserne. Il nous est défendu de sortir. On est sur le qui vive, on se repose comme on peut sur la paille, la soif nous étreint. Il nous est interdit de boire de l’eau de la caserne.

Vendredi, le clairon sonne à 0600 heures, nous recevons du café. Nous partons monter de garde à la sortie d’OSTENDE. Nous reconnaissons les tranchées creusées par les anglais et nous en construisons nous aussi. Le pays n’est pas riche, les habitants marchent pied nu et nous regarde bêtement, là on n’est plus en FRANCE.

Samedi, même travail, de la mer, nous parvient le bruit du canon, il s’agirait d’une combat naval. Les trois semaines qui suivent se passent à creuser des tranchées et à faire des exercices.

Jeudi 24 Septembre, je descends de garde à 1300 heures. Une distribution de linges et d’effets à lieu.

Vendredi réveil à 0500 heures, café. Les gradés nous rassemblent en tenue sur la Grand Place, nous sommes près à partir. Il fait très beau. A 1400 heures nous parvient l’ordre de départ, la colonne se met en mouvement. La foule s’agglutine sur notre passage. A 1700 heures, nous arrivons à CASTEL, je participe à la corvée d’épluchement et ensuite nous soupons. Car en l’absence de cuisines roulantes, nous devons nous débrouiller pour trouver des chaudières pour la cuisson.

Samedi, nous entendons le canon, ce sont les nôtres qui bombardent un bois où se trouvent des Allemands, à environ dix kilomètres de nous. Afin de diriger le tir, un de nos avions survolent le bois.

Dans l’après-midi, nous parvient du nord-est de BRUXELLES, le bruit d’une grande bataille, aux canons se mêle le bruit de la fusillade des troupes. Nos officiers nous ordonnent de creuser au plus vite des tranchées, nous les occupons immédiatement. Le bruit de la bataille nous parvient toujours.

A 1800 heures, nous parvient l’ordre de nous retirer dans nos cantonnements. Nous préparons le souper et mangeons vers 2300 heures. Le patron d’une brasserie nous distribue de la bière.

Dimanche, réveil à 0400 heures, nous recevons du café, et l’ordre de nous rassembler de suite. A 0700 heures, nous partons en soutien du génie qui construit un pont sur l’Escaut à la sortie du village. Dans le lointain gronde toujours le canon. Il fait très beau. Nous recevons l’ordre de traverser l’Escaut. Groupe par groupe, nous embarquons sur une petite chaloupe. De l’autre côté, nous prenons position d’un petit village, l’ennemi est proche. Une patrouille ennemie est signalée, mais nous ne l’apercevons pas, nous sommes près à faire feu. Nous rejoignons le gros de la Compagnie, à peine arrivés, contrordre nous regagnons notre poste, nous restons là durant 30 minutes, nous apercevons le tir d’artillerie, je ne vois que feu et flamme. Le village qui se trouve à un kilomètre de nous est envahi par les Allemands. Nous devons retraverser le fleuve, mais le pont est détruit, les allemands arrivent. Un civil nous fait traverser sept par sept, une barquette chavire et les hommes tombent à l’eau. L’un d’entre eux ne revient pas à la surface, accroché par son havresac, il reste au fond. Je le connaissais très bien, il s’appelle JACQUES et travaillait au chemin de fer avec moi.

Une fois de l’autre côté, nous montons de garde jusqu’au soir. Un avion passe et lance des fusées éclairantes. Triste dimanche que celui-là.

Lundi 28 Septembre, nous terminons notre garde à 0500 heures, on nous sert du café et nous nous rassemblons pour prendre position dans les tranchées afin de protéger l’artillerie qui se trouve hors du village de CASTEL. Nous rentrons manger vers midi et à 1300 heures nous parvient l’ordre de départ pour TERMONDE. Vers 2000 heures, nous arrivons dans un dépôt que la cavalerie a occupé. Il y a du fumier partout, nous devons nettoyer avec nos pelles de fantassins. Nous recevons des cartouches, nous en avons 150. Nous les portons sur le ventre, cela fait bien quatre à cinq kilos.

Aujourd’hui on n’entend que quelques coups de canon, il est vrai que les deux jours précédents, les allemands ont reçu une bonne raclée. Nous nous trouvons à une heure d’eux. Les estimations parlent d’une colonne de dix mille hommes.

Mardi 29 Septembre, on va se laver dans les ruines des maisons incendiées, car les allemands sont déjà venus jusqu’ici.

Ensuite, pour la première fois a lieu une distribution de tabac, depuis le début de la guerre.

Nous nous rassemblons pour 0700 heures et nous attendons l’ordre de partir.

On entend toujours le canon, par moment, il fait très beau. Nous partons, nous marchons environ 30 minutes. Les officiers nous ordonnent de faire des tranchées autour de TERMONDE, les Allemands recommencent à bombarder la ville. Une fabrique prend feu, les obus tombent à deux kilomètres de nous.

Notre artillerie vient à ce moment se poster à deux cents mètres de nous et tire sur l’ennemi. La réplique allemande ne se fait pas attendre et nos positions sont bombardées. Un avion allemand se dirige sur ANVERS. On nous l’ordre peu après de nous retirer dans une brasserie, on soupe à cet endroit vers 2000 heures. Nous prenons nos quartiers pour la nuit. Le canon tonne durant celle-ci. Le réveil est à 0400 heures, café et de suite nous formons le 2 ème bataillon pour aller aux avant-postes devant TERMONDE.

Nous prenons position derrière une maison, nous nous reposons. J’entends les balles allemandes siffler à mes oreilles. Les Allemands sont dans la ville. Le bombardement dure toute la journée. Nous avons des pertes dans nos rangs, un tué et quelques blessés. Nous l’avons échappé belle. Je reste là toute la journée sans boire ni manger.

Je passe la nuit dans la tranchée, la nuit est froide et humide.

Au lever du jour, nous sommes toujours dans les tranchées. Le bombardement recommence, plus intensif. Nous recevons l’ordre de nous porter en avant pour assurer la garde d’un pont à l’entrée de TERMONDE. Nous installons les mitrailleuses en batterie, nous nous préparons à recevoir l’ennemi qui est de l’autre côté du pont. Notre artillerie gronde et abat les maisons dans lesquelles sont retranchés les Allemands. Ils ripostent et bombardent nos positions. La nuit arrive, on espère que cela va se calmer. Dans la soirée, résonne un coup de sifflet à ce moment e terrible fusillade éclate.

Ils attaquent. En rangs serrés, par compagnie, tenant des matelas devant eux pour se protéger. Nous ripostons, notre canon tire lui aussi, les mitrailleuses déciment les rangs ennemis. Ils ont de terribles pertes.

Nous sommes le long de la rive de l’Escaut. Les Allemands s’en prennent à notre tranchée. Une pluie d’obus et de shrapnells éclate sur nous. Cela fait un tel bruit que nous ne nous entendons plus. La fumée et la poussière nous recouvrent, nous ignorons où nous sommes. Après une vingtaine de minutes, nous devons abandonner nos positions sous peine d’y périr. Nous battons en retraite, mais avant nous devons faire sauter le pont. Hélas, les fils sont arrachés par la mitraille et nous n’y parvenons pas.

Nous fuyons en courant environ deux kilomètres et nous nous reformons.

Nous recevons l’ordre de nous porter en avant sur notre ancienne position. Le pont a finalement sauté après que les Allemands seraient passés. Un dixième des nôtres y sont restés, tués ou blessés. Cela fait deux jours et deux nuits que nous sommes dans la mitraille sans boire ni manger.

Ce vendredi, je descends de garde, nous reformons les pelotons, nous partons pour le village de HESBERGKEM, arrivés là, contrordre, nous devons regagner nos tranchées. A peine de retour de 10 minutes que l’ordre nous est donné de regagner le village. On nous prend pour des fous. Le 8ème de ligne nous remplace dans les tranchées.

Pauvres gars, ils sont là d’une demi-heure, que les obus recommencent à pleuvoir, je vois les blessés passer. Notre bataillon part pour aller creuser des tranchées en arrière.

Deux avions se donnent la chasse dans le ciel.

Nous attendons toujours de la nourriture. A 1800 heures, nous terminons de creuser et retournons au cantonnement pour manger. On nous accorde du repos pour cette nuit.

Ce matin 0400 heures, rassemblement d’urgence. Nous partons faire de nouvelles tranchées. Le 8 ème de Ligne tire encore dans TERMONDE, le bruit de la fusillade nous parvient. A 1300 heures soupe et une heure de repos. Tout le bataillon creuse en guise de repos. On est démuni, pas de tabac pour faire une cigarette.

Je fais un peu de couture à temps perdu et je raccommode mes effets qui ont souffert.

Un avion ennemi nous apercevant lâche quelques bombes, nous nous dissimulons un peu mieux. Nous logeons dans un grenier rempli de foin. On est bien.

En ce dimanche 04 octobre, après le café, nous pouvons enfin nous laver, cela fait huit jours que l’on n’a pu le faire. Ensuite nous attendons pour partir creuser des tranchées. Durant les heures de repos, j’attrape des grenouilles que nous mangeons avec quelques camarades. Je retourne au cantonnement, où je fais la lessive.

Nous attendons l’ordre de partir, car les Allemands bombardent TERMONDE, ils voudraient bien passer l’Escaut mais on les tient le plus longtemps possible, afin de pouvoir évacuer ANVERS. Le pont ayant fini par sauter, les Allemands doivent en construire un pour pouvoir franchir l’Escaut.

Notre artillerie pilonne l’emplacement du nouveau pont et met le feu aux maisons voisines avec des bombes incendiaires. Étant trop près de nos batteries, nous prenons position un peu en arrière et restons jusque 2200 heures, à ce moment nous regagnons notre cantonnement pour nous reposer.

La canonnade dure toute la nuit. Les gradés nous rassemblent vers 0500 heures, le canon gronde toujours sur TERMONDE, un avion allemand vient repérer nos emplacements et aussitôt l’artillerie ennemie allonge le tir et détruisent le village de Grembergkem.

Il paraît que deux forts de la région d’ANVERS sont détruits par des pièces de gros calibres. Nous partons monter la garde aux alentours de village détruit. Il fait très mauvais, il a plu toute la nuit et on est mouillé jusqu’aux os. Nous n’avons pas les moyens de nous sécher.

Ce 06 octobre, un terrible tir d’artillerie a lieu au nord de TERMONDE.

Le beau temps est fini, nous dirigeons vers l’hiver, il pleut tous les jours. Nous ne sommes mal ici, la canonnade est assez éloignée. De braves gens nous apportent le café au lait, cela nous fait du bien, à midi, nous recevons de la soupe au riz. Pour nous protéger de la pluie, nous construisons une baraque avec des branchages et de la paille que nous prenons dans les champs.

Le canon gronde toujours. Sans cesse, des avions survolent nos positions. Descendant de garde nous regagnons notre cabane pour nous reposer, cependant il fait si froid que nous devons nous relever et battre des pieds pour nous réchauffer.

Jeudi 08 octobre, nous recevons l’ordre de quitter notre poste et nous partons à l’avant, il paraît que nous sommes les seules troupes dans la région. Nous avons été oubliés et nous marchons au pas forcé pour rejoindre notre régiment. A bout de force, nous arrivons à ST-NICOLAS, les habitants de cette ville s’enfuient de tous côtés, un train passe nous y montons et en descendons à LOKEREN. C’est la débandade complète. Des soldats perdus, des régiments battent en retraite, nous apprenons que les Allemands ont franchi l’Escaut et qu’ils sont à 30 minutes d’ici. Ils approchent, les gens quittent leur maison et abandonnent tout. Un dernier train sous la canonnade vers la Hollande. Nous sommes égarés. Une colonne de 10 kilomètres s’est formée et s’enfuit. Les obus tombent tout près de nous.

Le 8ème de ligne tente de retenir l’ennemi, on entend la fusillade, un bruit terrible nous fait retourner, nous voyons un nuage de fumée monter dans le ciel, c’est le pont de la place de LOKEREN qui vient de sauter. Nous continuons notre marche au pas de gymnastique.

Une compagnie de cyclistes allemands nous poursuit. Vers 2200 heures, nous arrivons à ZELZATE, nous nous reposons dans un moulin à vent sur des sacs de farine. Nous n’avons rien bu ni manger de la journée. Reposés, nous reprenons notre fuite, nous arrivons à EERGHEM, où nous recevons du café, on se débarbouille un peu. Les Allemands nous ont coupé la retraite vers ANVERS, nous sommes sans ravitaillement.

Nous devons tenter d’atteindre BRUGES et OSTENDE. Notre 4ème division est décimée. Des bruits circulent comme quoi la bataille est gagnée du côté de la France, les Russes eux auraient fait 30.000 prisonniers et 20.000 tués. J’ai vu sur des journaux des nouvelles de Tintigny.

Nous atteignons ALTRE, cela fait trois jours que nous battons en retraite, nous embarquons dans des wagons à bestiaux. Nous sommes très fatigués. Lors d’un arrêt, nous ramassons des navets dans un champ, car nous mourrons de faim et de soif. Nous passons BRUGES et arrivons à EKEERGKEM, là, nous recevons des vivres et des munitions. Nous transportons sur notre dos les caisses de vivres vers notre cantonnement qui se trouve à une demi-heure à pied.

Nous y arrivons vers 0230 heures, fatigués, presque morts de fatigue. Dans une ferme, nous nous endormons dans la paille. Le lendemain, nous nettoyons nos armes et on nous rassemble à midi sur la place de HERBEK pour faire l’appel de notre régiment, le canon tonne au loin. Nous pouvons nous reposer jusqu’au lendemain. LE 12 octobre, après le rassemblement, nous partons en direction de DIXMUDE pour reprendre part à la bataille à THOUROUT. En chemin nous nous arrêtons dans une prairie pour manger pain et sardine. Nous voyons passer d’énormes munitions anglaises, il s’agit d’obus. Nous repartons dans la plaine et nous creusons des tranchées. Nous les quittons vers 1700 heures. Il pleur de nouveau et nous sommes trempés jusqu’aux os. Le soir, au cantonnement, je suis de corvée « patate » pour le souper. Au milieu de notre corvée, arrive la Compagnie 2/1, elle nous fait déguerpir en disant que nous ne sommes pas dans notre cantonnement. Nous partons plus loin et recommençons la même corvée sous la pluie battante. Le souper est enfin prêt à 2300 heures. Beaucoup d’hommes n’ont pu attendre, ivres de fatigue, ils se sont endormis. Triste journée.

Ce mercredi, notre compagnie est rassemblée pour aller creuser des tranchées. Au loin, on entend le canon. Le soir, nous devons quitter notre ferme et aller loger plus loin.

Depuis NAMUR, nous battons en retraite et à part quelques escarmouches, nous ne faisons que reculer devant les Allemands. Retraite à marche forcée qui n’est guère aisée.