Bataille de l'Yser

 

 

 

BATAILLE DE L’YSER, DIXMUDE

 

Au réveil, ce jeudi 15 octobre, on nous lit un ordre du Roi Albert, dans lequel, sa majesté nous informe que nous allons combattre aux côtés des Alliés. Nous quittons notre cantonnement et entamons une marche de 20 kilomètres avec un seul arrêt. Nous arrivons au village ST-PIERRE-CAPELLE et prenons position dans les tranchées pour défendre la 4ème division qui se replie plus en arrière. La relève a lieu à 0400 heures et nous cantonnons dans une école que nous devons nettoyer avec nos pelles, car des cavaliers ont mis leurs chevaux dans les locaux..

Nous nous reposons depuis une heure, que l’ordre de partir nous parvient, nous partons renforcer les avant-postes.

Nous passons la nuit à attendre dans un fossé, de temps en temps, il y a un coup de feu. Je rencontre mon cousin Armand pour la première fois.

Au matin, nous quittons cet emplacement pour aller occuper les tranchées un peu plus loin et nous attendons les événements. Le temps est sombre et triste. Le 1 er bataillon nous relève et nous prendre un peu de repos à l’arrière. La nuit se passe tranquillement.

Au réveil nous allons faire de nouvelles tranchées, le 10 ème de Ligne nous relève et nous quittons St-PIERRE-CAPELLE, je vois E. GUILLAUME de PONCELLE. Nous allons en réserve au 3ème de Ligne près de DIXMUDE.

La situation empire de nouveau tout autour de nous. Le canon gronde, les fusils et mitrailleuses crépitent à longueur de journée. J’aperçois des maisons en feu un peu partout. Nous rentrons au cantonnement et je suis sentinelle jusque minuit.

Au matin, nous partons aux avant-postes, pour repousser les Allemands, nous sommes soutenus par les Français à TOURHOUT et par les Anglais sur notre gauche. Nous rentrons pour nous reposer vers minuit. Au matin, nous reprenons place dans nos tranchées. Nous sommes bombardés. Nous quittons les tranchées de 3ème ligne pour nous porter en première ligne, ligne de combat. Les obus pleuvent partout, les balles sifflent aux oreilles, nous passons la nuit à cet endroit.

A la levée du jour, la bataille recommence de plus belle et dure toute la journée. Le 1er bataillon vient nous relever et nous retournons en réserve en passant à travers balles et obus qui ne cessent de tomber.

Cela fait maintenant deux jours que nous ne mangeons ni ne buvons rien et que nous sommes au milieu de la bataille.

Ce jeudi 22 octobre, nous recevons vers 0200 heures, l’ordre de nous rendre à la digue en renfort. Nous passons au milieu de la mitraille, on voit à tout instant notre dernière heure venue. Nous restons à la digue jusque 2200 heures, les carabiniers viennent nous y relever.

Au cantonnement, nous recevons enfin des vivres.

Nous passons de nouveau les heures qui suivent à la digue, on ne voit que des avions allemands qui survolent nos positions pour diriger les tirs d’artillerie. Nous passons la nuit dans l’attente.

Le lendemain, les tirs reprennent de plus belle, les Allemands ont construit un pont et attaquent, nous nous replions, beaucoup des nôtres tombent blessés ou tués, ils restent sur place.

Nous nous reformons à l’arrière et attendons dans les fossés pour repartir à l’avant. Les Français viennent à notre secours, et nous sommes mélangés pour le combat à venir. Nous passons la journée au milieu d’une pluie d’obus et de balles. Nous restons là sans boire ni manger jusqu’au 27 octobre. Vers 2200 heures, serrés de près par les Allemands nous devons de nouveau nous replier sous la mitraille, car les Allemands viennent de passer l’Yser.

La nuit, nous bivouaquons dans une prairie. Le lendemain, nous sommes en réserve au repos derrière Oskerque, on entend la fusillade de tous les côtés. A minuit, nous sommes réveillés, on nous sert du café et par bataillon, nous allons remplacer le 8ème de ligne le long du chemin de fer de DIXMUDE à NIEUPORT. Nous occupons cette ligne avec les Français. Il y a un talus de deux mètres de haut pour nous abriter des balles et des obus rasant la première ligne de défense. Nous recevons un copieux bombardement, la bataille est acharnée. On tire de partout jusqu’en début de soirée. Nous passons la nuit à cet endroit, la bataille reprend dans la soirée et dure jusqu’au matin. Au moment où je termine mon rôle de sentinelle, les Allemands attaquent nos tranchées et je ne saurais dire si nos remplaçants ont pu rejoindre nos lignes, car au même moment éclate une fusillade terrible pour stopper les Allemands.

Nous plaçons la baïonnette au canon pour le cas où nos lignes seraient enfoncées. Nous parvenons à stopper l’assaut. Ils refluent. Toutefois, quelques allemands sont accrochés au talus de l’autre côté du chemin de fer, donc à quelques mètres de nous. Les Allemands ont subi de lourdes pertes. Ils ont attaqué sur les 30 kilomètres de la ligne du chemin de fer et n’ont pu percer nos défenses qu’à Rams capelle. Nous avons fait 500 prisonniers devant notre secteur. Mais les Français ont pu les repousser aussitôt. Nos forces ont subi beaucoup de pertes. Nous avions reçu l’ordre de tenir ou de mourir sur place.

Nous passons encore la journée du lendemain sous la mitraille. Nous avons trois morts et quelques blessés. Le 10ème de Ligne nous relève et nous partons à l’arrière. Nous restons au repos jusqu’au 1er novembre, date à laquelle, nous relevons le 8ème de Ligne en première ligne au chemin de fer. Le canon recommence à tirer sur nos positions. On nous distribue des couvertures pour nous protéger du froid. Les avions alliés survolent le champ de bataille. Ils sont pris pour cible par les Allemands. La bataille se calme un peu.

A trois heures, nous sommes remplacés par le 8ème de Ligne et nous partons au repos à Ave Capelle. On se nettoie et on peut manger. Notre aumônier dit la messe pour les morts que nous venons de perdre dans les derniers combats. Nous sommes au repos pour la journée dans une ferme.

Le 03 novembre, réveil à 0300 heures, nous recevons du café. Nous nous rassemblons en deuxième ligne. Vu les pertes, deux bataillons forment un régiment et deux compagnies forment un bataillon, de plus nous recevons des renforts de fortune. Le canon gronde toujours au loin.

Le 04 novembre, nous sommes réveillés à deux heures pour partir en première ligne, le long du chemin de fer. Il fait sombre et froid. Notre artillerie bombarde Dixmude dont les Allemands occupent les lisières. Sur notre droite, l’ennemi a reculé derrière l’Yser car nous avons inondé toute une contrée des Flandres, et beaucoup d’allemands se sont noyés. Ils ne peuvent plus aller plus loin.

Le 05 novembre, un jeudi, le 10 ème de ligne vient nous remplacer et nous partons au repos, bien aise d’avoir échapper jusque maintenant à la mort. On va pour la première fois prendre un verre de bière dans un village à côté de notre cantonnement, voilà des mois que pareille occasion ne s’est présentée.

Le vendredi, réveil à 0400 heures et départ en deuxième ligne de soutien dans une ferme. On nous fait croire que les Allemands quittent la Belgique. Ces renseignements viendraient de documents pris sur un officier allemand.

Dans la journée nous partons en première ligne. Comme il est à prévoir que nous passerons l’hiver à cet endroit, le génie vient construire des abris dans le talus du chemin de fer.

Vers 1800 heures, nous recevons l’ordre de nous porter en avant afin de visiter un village sis en avant de nos lignes. Nous devons le réoccuper. Nous échangeons quelques coups de feu avec les avants-postes ennemis.

Nous restons sur place jusqu’au dimanche, le 10 ème de ligne vient nous relever. Nous repartons à notre ancien cantonnement, situé à deux heures du front. Nous avons droit à une distribution d’effets, etc. …

Le lundi 09 vers 0500 heures nous nous rassemblons pour partir en deuxième ligne. On entend au loin le canon gronder, surtout du côté de Dixmude. Le lendemain, remplacés par le 10 ème de ligne, nous partons à l’arrière. Il paraît que les Allemands sont de nouveau à Dixmude. Cela ne va pas trop bien pour nous, de terribles combats se déroulent toute la journée ainsi que la nuit. Une grosse tempête souffle, nous logeons dans une ferme et la pluie passe à travers la toiture. La journée du jeudi se passe dans les mêmes conditions, le canon gronde toujours.

Le vendredi nous repartons en première ligne, le long du chemin de fer. Maintenant, il y a des abris en planche contre la pluie et les obus « scrapnels ». Nous sommes cachés en attendant l’ennemi. Les Allemands auraient cependant difficile de parvenir jusqu’à nous, en effet le terrain devant nous est inondé, seules les fermes forment des îlots. Une rumeur court comme quoi, la Turquie aurait déclaré la guerre à la Russie. On dit aussi que l’Italie a déclaré la guerre à la France, mais il n’y a rien de certain.

Il fait très froid, la tempête souffle. Notre artillerie fournit une vraie canonnade.

Le 14 novembre, le 10 ème de ligne nous relève. Nous retournons à Ave capelle. Il fait une nuit d’encre, le terrain est glissant, notre progression est très difficile. Enfin nous rentrons et après nous être reposés nous faisons un petit tour au village.

Le lendemain, nous repartons en deuxième ligne. A notre arrivée, nous recevons du café. Il fait froid et voilà que la neige tombe, l’hiver va commencer. Pour nous, cela ne va pas être gai. Nous avons toujours froid, on nous interdit de faire du feu, afin de ne pas être repérés. Vers 2300 heures, on nous sert de la soupe.

Le lundi 16 novembre, réveil à 0330 heures, nous partons en pleine nuit à travers les champs détrempés, les fossés sont remplis d’eau. Nous avons de la boue et de l’eau jusqu’au-dessous des bottines. A notre arrivée, j’ignore où nous sommes, un terrible bombardement nous accueille, comme pour nous calmer. Le lendemain, nous retournons à EloirsCapelle, j’écris une lettre pour mes parents, mais arrivera-t-elle, j’en doute.

Le lendemain vers 0500 heures, nous partons en deuxième ligne. Nous occupons une étable, il paraît que notre train blindé avance sur la ligne et détruit un train blindé allemand utilisé pour la première fois. Le jeudi, nous allons remplacer le 8 ème de ligne au chemin de fer, nous serons remplacer le soir. Derrière l’Yser, nous avons deux lignes de chemin de fer, l’une de Dixmude à Nieuport et une autre, se trouvant 3 km en arrière de Dixmude à Dunkerque. Nous subissons un bombardement et six de nos copains sont blessés. Nous repartons à notre cantonnement, le lendemain, nous nettoyons notre équipement et l’après-midi nous effectuons de l’exercice.

Le samedi nous assistons à une messe pour nos morts à EcloirsCapelle et l’après-midi nous effectuons des exercices. Vers 2200 heures, nous partons en première ligne. Il fait mauvais, il a neigé. Les chemins gelés sont glissants. A notre arrivée nous sommes bombardés et avons quelques blessés. Les 22 et 23 novembres, nous sommes de garde aux tranchées, nous subissons à nouveau des bombardements la journée.

Les 24 et 25 novembre, il pleut, cela dégèle, le sol est détrempé, quel sale temps.

Notre nouveau cantonnement est situé dans un moulin près d’Ave capelle. Le Lieutenant DEBOUGE, commandant notre ancienne Cie, vient nous remercier pour la décoration qu’il a reçu de notre Roi, pour l’attaque du chemin de fer et la reprise du village de PERVISE.

Le 27 novembre, réveil à 0600 heures, nous recevons du café. Je suis bien malade et me rends chez le Docteur, cela ne sera rien. Nous partons relever le 8 ème de ligne au chemin de fer vers 0300 heures. Nous sommes bombardés durant la journée. Il est bon de se tenir coi. Les obus passent en rasant nos positions. Tard dans la nuit, nous rentrons à notre cantonnement, nous sommes au repos et jouons aux cartes. D’autres dorment ou se disputent.

Le 30 novembre, réveil à 0700 heures, café et théorie sur la guerre, on nous donne des journaux. Il paraît que les Allemands se servent d’un canon sans détonation ni sifflement du projectile. Comme on le verra plus tard, ils vont employer ce canon pour tirer sur Paris. Où il y a eu beaucoup de tués, l’obus ayant atteint une église, un dimanche durant l’office.

Vers 1600 heures, départ pour les premières lignes, le terrain est difficile et détrempé. Le dimanche nous passons en deuxième ligne. C’est aujourd’hui St-Eloi, où est le temps où nous fêtions ce saint chez nous. Peu de bombardement, les Allemands fêtent ce saint ou manquent de munitions. Le soir nous réintégrons notre cantonnement.

Le 02 décembre, les Allemands bombardent l’église de RAMSCAPELLE, les Français étaient installés dedans, il y a beaucoup de morts et de blessés. Le lendemain, nous relevons le 8 ème de ligne à l’arrière du chemin de fer, en 3 ème ligne. Durant la nuit vers 0300 heures, une terrible bataille d’artillerie s’engage du côté de Dixmude. On entend aussi une fusillade, les Allemands tentent sans doute de percer nos lignes. Cela dure jusqu’au matin.

Le dimanche 05 décembre, réveil à 0400 heures pour partir en première ligne. Je suis désigné pour les avants-postes, on doit toujours avoir l’œil au front car les Allemands essaient toujours de percer par un trou ou l’autre, mais en vain jusque maintenant. Vers 0300 heures au milieu de la tempête, l’alerte est donné. Nous en sommes en sentinelle, mais ne voyons rien.

Relevés par le 8 ème de ligne, nous retournons cantonner à LAMPERVISE et constatons les dégâts à l’église. Nous voyons la tombe des 43 chasseurs français. On nous vaccine dans une église, nous avons très mal au dos après. Il fait beau et 8 avions nous survolent. C’est St-Nicolas aujourd’hui. Le lendemain, réveil à 0700 heures et repos la journée. On entend le canon au loin.

Le 08 décembre, nous devons nous tenir près à partir, mais on ignore la destination. Ce n’est que le lendemain que nous partons vers HOUTLEM à 15 kilomètres en arrière. Nous arrivons vers 1200 heures. Il pleut durant le trajet, nous sommes percés et ne recevons rien à manger.

Nous logeons dans une école. J’écris à mon oncle. Nous voilà enfin un peu en retrait du front.

Le 09 décembre, réveil à 0600 heures, deux heures plus tard, nous partons faire des tranchées sur la route d’YPRES à 10 kilomètres de notre cantonnement. On rentre au cantonnement vers 1600 heures. Les deux jours qui suivent, repos et exercice, on nous distribue pour la première fois du tabac et des cigarettes.

Les jours qui suivent, prises d’armes et exercices se succèdent. Durant les nuits, il passe beaucoup d’artillerie et de dragons français. Il se prépare quelque chose.

Le samedi 19 décembre, nous partons faire des tranchées. Je dois marcher en galoches n’ayant plus de souliers. Je ne peux arriver jusqu’au bout, on perd les galoches tellement il y a de la boue. Nous rentrons vers 1530 heures. Cela fait douze jours que nous sommes à l’arrière. On entend le canon au loin. Les jours suivants se passent à faire de l’exercice.

Le 22 décembre, réveil à 0500 heures, nous repartons vers le front. Nous passons à FURNES, LAPANNE et nous arrivons à COKIJSDE, il a fallu que je fasse le chemin en galoche et j’ai très mal les pieds. Nous sommes près de la mer, nous logeons dans des chalets situés dans les dunes. Le lendemain nous changeons de logement et allons à LAPANNE. Nous allons voir la mer en furie. Le soir, nous faisons une petite sortie et allons voir dans les dunes un chalet qui servait aux allemands pour nous espionner et faire des signaux. Le génie l’a fait sauter.

Le 24 décembre, je reçois une lettre de mon oncle. Nous effectuons des exercices sur la plage. Le lendemain, ordre de ne pas quitter le cantonnement. Le 26 décembre, nous partons pour WULPENS à 8 kilomètres. Nous sommes à présent ravitaillés, nous avons cigarettes, tabac, confiture, saindoux, fromage, cigares, seules les chaussures font défaut.

Il gèle tous les jours, la nuit nous avons très froid. Le 27, je vais à la messe et là je retrouve deux camarades, HAUPERT et RENAULT. Le 28 décembre vers 1200 heures, nous partons pour les tranchées à NIEUWPORT à 30 kilomètres. Dès le matin une grande bataille d’artillerie s’engage. Vers 0300 heures, nous quittons nos tranchées pour venir en deuxième ligne dans les maisons de Nieuport. La canonnade recommence et nous sommes bombardés dans nos ruines. Heureusement les obus que les Allemands tirent pour le moment n’éclatent pas et n’occasionnent des dégâts qu’à l’emplacement de la chute.

Le 30 décembre, réveil à 0300 heures, nous revenons au repos à LAPANNE. Nous sommes très sales et nettoyons notre équipement. Le lendemain, exercice sur la plage et distribution de vivres, nous recevons une bouteille de vin par homme pour fêter la fin d’année. Voilà déjà 149 jours de guerre.

1 er Janvier 1915, c’est la nouvelle année. On se demande si cela durera encore longtemps. Nous allons voir les bateaux patrouilleurs en mer.

Le 02 janvier, nous allons remplacer le 8 ème de ligne de garde le long de la mer. Le 03 janvier nous rentrons au cantonnement, on nous distribue des pipes. Les 04 et 05 janvier, exercice et théorie, on parle de paix, de l’entrée en guerre de l’Italie et de la Roumanie. Le 06 janvier, réveil à 0500 heures, nous allons faire des tranchées aux environs, nous rentrons très sale et trempés. Le 07, repos. Le 08 janvier, nous partons vers 1200 heures, avec le génie et allons travailler dans un magasin en planches. Nous chargeons des chariots. Nous sommes copieusement bombardés. On peut se trouver où l’on veut, on subit le bombardement.

Le 09 janvier, les obus passent au-dessus de l’endroit où nous logeons et nous empêchent de dormir. Vers 1800 heures, nous partons faire des tranchées en deuxième ligne, nous remplissons des sacs de sable, les balles sifflent autour de nous. Des obus peuvent tomber à tout moment. Il pleut à torrent, nous rentrons vers 2300 heures, trempés jusqu’aux os. Nous essayons de dormir et de faire sécher nos effets. Le 10 janvier, nous rentrons à LAPANNE pour nous reposer.

Le 11 janvier, réveil à 0300 heures, nous partons vers l’arrière à FURNES. Nous logeons dans un moulin. A notre arrivée à FURNES, nous sommes à nouveau bombardés. Loin du front, nous ne sommes pas tranquilles pour ça. Le lendemain, le régiment est reformé et nouveau départ vers le front à WULPEN à 5 kilomètres du front. Les Allemands tirent sur OOSTERKE.

Le 13 janvier alors que nous effectuons des exercices, les obus allemands nous obligent à rentrer dans nos cantonnements. Il semble qu’ils voient tout ce que nous faisons. Leurs espions doivent bien les renseigner. Le 14 janvier, réveil à minuit, nous partons remplacer le 10 ème de ligne. Les Allemands et les Français tirent des fusées éclairantes et l’on doit se baisser chaque fois. Ces fusées éclairantes sont une nouvelle arme. Au lever du jour, un grand bombardement a lieu et des obus tombent tout près de notre emplacement aux avants-postes.

Je me tiens coi dans mon terrier et me demande, si je verrai le lendemain. Le soir tombe et je suis désigné pour aller en patrouille de reconnaissance entre les lignes ennemies. Il pleut c’est un temps favorable pour ce type de patrouille, nous avançons en rampant et sans bruit. Mais nous sommes repérés et nous essuyons le tir ennemi. Nous rentrons dans nos lignes, sains et saufs.

Ce 15 janvier, nous allons en deuxième ligne, loger à la minoterie, abri construit comme un fort, les obus peuvent tomber dessus cela ne ferait aucun dégât. Un de nos compagnons se blesse avec son fusil. Les deux jours qui suivent, nous sommes au repos à LAPANNE. Le 18 janvier, la journée est consacrée à l’exercice. Le 19 janvier, nous sommes de garde dans les dunes. La nuit se passe bien. L’après-midi, j’écris à mon oncle Pierre qui se trouve aux environs de Calais. On annonce que l’on pourra bientôt avoir des congés, pour ceux qui ont de la famille de ce côté du front. Le 21 janvier nous sommes de garde en ville. Le lendemain, nous faisons de l’exercice. On entend le canon gronder au loin.

Samedi 23 janvier, réveil à 0700 heures, nous partons pour FURNES, à notre arrivée les Allemands bombardent la ville, 10 civils sont tués. Nous logeons près de la gare. La population est obligée de se sauver vers LAPANNE. Le bombardement continue, nous tenons encore 0300 heures et sommes obligés de nous replier vers BULSCAMP, où nous arrivons le soir.

Le lendemain nous sommes au repos et nous nous promenons dans le village. Lundi, réveil à 0500 heures, nous nous dirigeons sur YPRES.Nous sommes à 15 kilomètres de cette ville et logeons à HOEXTACTE. Il paraît que les Allemands veulent encore tenter de percer nos lignes dans cette région et nous sommes envoyés en renfort.

Le lendemain, nous partons pour MENIN. Nous restons en attente dans une prairie, en début de soirée, nous sommes placés en avant-poste dans une maison en ruine. Nous voilà encore dans un nouveau secteur. On doit veiller et se tenir coi pendant la journée. Profitant de la nuit, nous revenons un peu en arrière. Nous restons au repos dans nos abris, la journée suivante. Le 29 janvier, réveil à 0700 heures, il fait beau et les avions sillonnent le ciel, nous assistons à des duels aériens, vers 1700 heures nous partons monter de garde en première ligne. Mais un poste ne peut pas être relevé, car les Allemands bombardent le passage et il y a beaucoup de blessés et de tués, ce sont surtout des soldats du génie.

Le lendemain au lever du jour, la canonnade commence. Nous sommes dans une maison en ruines et nous nous attendons à tout moment à être la cible des obus allemands. Cependant la journée se passe bien. Vers 1800 heures, nous sommes remplacés et retournons à l’arrière à douze kilomètres du front. Les deux jours qui suivent nous sommes au repos. Le02 février, je me sens mal et je vais au rapport du médecin, je suis exempt un jour. Le lendemain notre compagnie est en avant poste dans les tranchées. Le soir, nous subissons une attaque, quatre de nos compagnons sont blessés. Nous ne pouvons être relevés. Le lendemain, je suis encore exempt et nous portons les malades. Nous arrivons à DESCADE vers 1600 heures, il fait très beau.

Je suis de nouveau exempt jusqu’au 08 février, je reste près de la cuisine roulante à REMINGKE pendant que ma compagnie part pour les premières lignes.

Le 08 février, je me lève à 0900 heures, le canon tonne toujours sur le front et notre compagnie revient des tranchées le soir, il y a eu deux tués et quatre blessés, au poste de « la nacelle ».

Les deux jours suivants, je suis encore malade et je me promène un peu. Il semblerait que nous allons encore partir ailleurs. Je reçois de mauvaises nouvelles, mon oncle Joseph et Julien ont été tués chez eux. Ce sont les premières nouvelles reçues depuis que nous sommes en guerre. Le 11 février, nous sommes en troisième ligne et une ferme occupée par nos soldats, brûle accidentellement. Le lendemain, nous portons nos fusils en réparation, je lis les journaux qui relatent que les Allemands ont mis le feu à 100 maisons dans mon village de TINTIGNY et tués 86 personnes. J’ignore encore si mes parents sont du nombre.

Le 13 février, réveil à 0800 heures et distribution d’effets, vers 1600 heures, nous partons vers les lignes de front. Dans la soirée du 14, nous avançons pour aller en première ligne. Mais horreur, le poste que nous devons occuper se trouve à 400 mètres au-delà des lignes. Il y a de l’eau, nous devons traverser à pied. Beaucoup d’hommes refusent de passer pour aller occuper ce poste. Ils passeront au conseil de guerre. Après bien des hésitations, nous traversons l’eau et en avons jusqu’au-dessus de la ceinture. L’eau est glacée. Pendant le passage, nous sommes canardés par une mitrailleuse allemande qui nous prend en enfilade. Nous arrivons toutefois à bon port, mais un homme s’est noyé durant la traversée. Nous sommes à quelques mètres des Allemands et nous devons veiller. Nous restons jusqu’à la relève. J’ai vingt-six ans aujourd’hui.

Le 15 février, nous restons à notre poste. Le 16, nous sommes relevés vers 0100 heures et devons refaire le même chemin. Nous rentrons trempés, je vais chez le médecin et suis soigné.

Le lendemain, nous recevons deux paires de souliers. Le 19 en matinée nous faisons de l’exercice et vers 1600 heures nous partons en première ligne. Nous traversons un village et sommes bombardés, nous devons franchir une passerelle, l’ennemi la bombarde. Nous n’avons pas de perte. Je suis désigné pour monter de garde dans une cave.

Les 20 et 21, nous restons en deuxième ligne. Les 22,23,24, repos et exercice.

Jusqu’au 28 février, nous sommes de garde en première et deuxième ligne. Nous partons ensuite en repos à LAPANNE. La classe de 1914 vient nous renforcer, 40 hommes pour notre compagnie. Les jours suivants se passent à faire de l’exercice, prise d’armes et défilé. Je reçois des nouvelles de LAHAGE par mon cousin Lucien. Il me dit que mon père et mon frère ont été fusillés par les Allemands, le jour de leur entrée dans le village. Je suis bien triste.

Le 11 mars,, nous partons pour une destination inconnue, nous passons la frontière et nous arrivons à LEFRINCOF. Nous sommes en grand repos. Nous ne ferons que l’exercice, de la marche et du tir dans les dunes. Nous montons aussi de garde et ce jusqu’au 22 mars. Le 23, nous partons pour LAPANNE et logeons dans des villas. Les avions allemands nous bombardent. Nous retournons bientôt au feu du côté de NIEUPORT. Ce n’est pas le meilleur coin du front.

Le 27 mars, nous partons pour nous rapprocher du front. Nous arrivons vers 0200 heures à WULPEN. Le lendemain, jour de Pâques, nous assistons à la messe. Le lundi vers 0300 heures, nous nous dirigeons vers notre nouveau secteur en deuxième ligne pour commencer. Nous nous installons dans une briqueterie. Les Allemands tirent de gros obus sur l’usine.

Le 31 mars, étant en réserve, nous allons porter, sous les balles, du matériel en première ligne.

Le 01 avril, nous sommes obligés de nous terrer comme des lapins afin d’éviter le bombardement. Vingt-huit obus sont tombés près de nous. Une rumeur dit que nous allons partir reprendre une tranchée. Je reçois des nouvelles du pays. Dans la soirée nous partons sous les balles en première ligne. La journée se passe bien, vers 1900 heures arrive l’ordre de reprendre la tranchée que le 8 ème de ligne a perdu le jour précédent. Ils se sont faits massacrer. Une patrouille est envoyée en reconnaissance. Les Allemands ont installé un petit poste dans la tranchée. L’attaque est reportée, on ne demande pas mieux. Nous retournons à notre ancien logement, bien fatigués. Le jour suivant nous nettoyons nos effets. Le dimanche, je vais faire mes Pâques. Les 1901 à 1905, sont parties à l’arrière dans des compagnies de travailleurs. On voudrait en être, mais étant de la classe 1909, il faudra sans doute encore patienter. De cette façon, nous voilà les plus anciens au front.

Le 05, nous partons travailler pour les tranchées de première ligne. Nous rentrons au matin en deuxième ligne. Nous sommes trempés. Il ne fait pas très beau, les Allemands nous laissent tranquilles. En début de soirée, ils lancent des bombes de tranchées, un combat d’artillerie s’engage surtout du côté d’YPRES. Nos fusils sont bleus. Le lendemain, les Allemands bombardent l’arrière du front. Je viens de recevoir des nouvelles de ma mère, elle m’annonce le décès de mon père et de mon frère Julien. Mon oncle Jacques, ma cousine Laurentine et Victoire Pierrard ont aussi été fusillés par les Allemands. Depuis peu, je corresponds avec mon oncle Pierre Orban et Lucien Lasseront, j’aime bien recevoir de la correspondance, cela distrait et redonne un peu de courage. Du 09 au 15 avril, il n’y a pas grand chose à dire, le secteur est calme. Le 16, nous avons inspection des armes. Un avion allemand survole notre secteur, nous ne le voyions pas. Le soir, nous partons travailler au bois triangulaire. Le jour nous nous cachons dans de grands abris et la nuit venue nous partons travailler dans les tranchées de première ligne. Je lis dans un journal, les pronostics d’une jeune fille qui dit que la guerre sera finie en mai.

Au matin du 18 avril, le canon se met à gronder, deux avions allemands survolent les lignes et lancent des fusées vertes. Dans la soirée plusieurs obus tombent tout près de nous, mais l’artillerie française se trouvant sur notre front leur envoie le double d’obus. Notre artillerie est supérieure à la leur maintenant. Un terrible bombardement a lieu du côté d’YPRES. Nous rentrons à notre cantonnement sur le matin.

Le lendemain, nous partons monter de garde sur la route de FURNES. Les jours suivants, nous montons de garde sur une route, inconnue.

Le 22 avril, vers 0500 heures, les Allemands bombardent à tout casser, ils préparent sans doute une attaque. On se méfie car les Anglais ont avancé du côté d’YPRES. De terribles combats ont lieu à DIXMUDE, on entend le canon gronder.

Du 23 au 30, il ne se passe rien de bien particulier. Le samedi 01 mai, nous sommes en troisième ligne dans des tranchées derrière une ferme. Des civils habitent encore cette maison. Elle est pourtant bombardée de temps à autre. On se couche sur la terre, car il fait bien bon. Le soir nous allons en première ligne. Je suis désigné pour être brancardier ou infirmier. Le 02, nous recevons 20 obus rasant sur nos tranchées. Le matin, je m’occupe de mes malades.

Les 4, 5, 6 mai, réveil à 0500 heures. Nous avons la permission d’aller toucher un acompte, ceux qui sont du chemin de fer, en gare d’ADINKERQUE. Vers 1900 heures, nous partons sur le chemin de fer dans le meilleur des secteurs, en effet le terrain entre les Allemands et nous étant pratiquement inondé. Le lendemain, nous allons porter du matériel aux postes avancés. Nous sommes bombardés avec des obus à scrapnels. Nous avons quelques blessés.

Le 08 mai, il fait très beau, mais je crois que quelque chose va bientôt se passer dans notre secteur. Le lendemain, nous revenons en troisième ligne à la ferme, nous mangeons la soupe

On raconte que les Anglais ont reculé, ils ont quitté YPRES. Vers 1900 heures, notre compagnie passe en réserve, car on va attaquer. De 21 à 23 heures, un terriblement bombardement a lieu sur notre secteur. Deux compagnies par bataillon se tiennent prêtes pour l’assaut. Mais l’attaque échoue et il y a beaucoup de blessés et de tués. On entend les mitrailleuses faucher nos hommes. L’attaque a eu lieu de YPRES jusque NIEUPORT.

Le 10 mai vers 0800 heures, nous rentrons à WULPEN. Les 11, 12,13 repos. Il pleut, les Français ont avancé un peu. Les 14 et 15, nous travaillons aux tranchées. Le 16, il fait beau, les Allemands bombardent RUMSCAPELLE et les alentours. Nous logeons dans un gros abri que nous construisons. Au lever du jour, on voit un Zeppelin revenant de la mer, nos avions sont à sa poursuite. La bataille recommence du côté d’YPRES, vers 1900 heures la compagnie part pour les avants postes. Je reste au poste de secours, étant blessé à la jambe. A deux heures, nous allons chercher sept blessés et deux tués, il fait une nuit d’encre et comme il pleut le terrain est difficile et très glissant. Nous passons la journée suivant à notre poste et dans la soirée nous revenons à l’arrière à travers la campagne. On se perd et un de nos hommes tombe dans un grand fossé rempli d’eau, il en a jusqu’au cou, je le retire en lui tendant mon fusil.

Les 19,20,21 mai nous sommes en repos. On apprend que l’Italie entre en guerre à nos côtés, cela finira peut-être plus vite. J’ai reçu des nouvelles de Militis. Nous partons travailler en première ligne. Le matin, nous rentrons dans nos terriers. Nos avions font faire un raid sur la Belgique occupée. Le 23, je vais à la messe de tranchée, nos canons tirent sur les avions allemands qui viennent survoler nos lignes. Le soir, le canon gronde au loin.

Le 24 mai, nous revenons en troisième ligne, et nous recevons des lunettes et un sachet contre les gaz asphyxiants que les Allemands emploient à présent. Les Italiens déclarent la guerre à l’Autriche. Le lendemain, il fait très chaud et nous subissons l’attaque des moustiques. LE 26 mai, nous restons la journée dans nos abris et le soir, je prends l’avance avec les malades, vingt et un hommes, nous devons nous rendre à ADINKERQUE à dix-huit kilomètres des lignes. Nous avons une petite charrette pour mettre nos sacs et nous la poussons devant nous. La compagnie rentre longtemps après nous, vers minuit. Les 27 et 28, je me rends à LAPANNE pour prendre livraison de médicaments. Le 29, repos. Le lendemain, je vais à la messe et je visite le cimetière militaire, vers 1500 heures, nous partons vers la ligne de feu. Nous allons à RUMSCAPELLE dans la ferme. Nous passons une bonne nuit et le réveil se fait à 0500 heures. Nous travaillons aux abris. D’ici on voit des ballons captifs sur le front, les nôtres et des allemands, en soirée un zeppelin passe, il va vers l’Angleterre, probablement bombardé Londres.

Il repasse le lendemain, 01 juin, vers 0300 heures. Comment peut-il passer ainsi, sans que nos avions ne parviennent à le descendre? Le 02 juin, j’ai dix malades, le soir nous allons protéger les travailleurs en première ligne.

Les 03 et 04 juin, nous sommes en repos, le 05, réveil à 0500 heures. Nous partons à 0600 heures pour La Panne. Arrivés, nous prenons un bain dans la mer. Un avion nous protège, le soir nous partons au travail. Une rumeur circule comme quoi, un assaut de la ferme Violette est imminent. Le dimanche 06 juin, la compagnie rentre, je lis le journal, il rapporte que les Russes reculent de Presmil et qu'il y a une révolution en Belgique, et que Charleroi brûle. Le 07, réveil à 0500 heures, on aperçoit le feu que les Allemands ont mis à un dépôt de munitions, les obus éclatent l'un après l'autre. Vers 2000 heures, nous partons en 2 ème ligne à Holveneste, nous travaillons jusque 0100 heures, la journée se déroule assez calmement, mais il fait terriblement chaud. On étouffe, et la boisson manque. Nous sommes relevés et repartons en garde ligne du chemin de fer. A minuit, nous recevons de la soupe. Comme toujours c'est la nuit, que les travaux de consolidation, de fortification, du transport des matériaux de défense se font.

Les attaques et contre-attaques pour la reprise de tranchées, les bombardements et fusillades se déroulent souvent en soirée et au petit jour, la journée nous nous reposons et dormons. Nous vivons comme les bêtes sauvages. Et cela durera ainsi pendant quatre années.

Le 09 juin, je suis à nouveau malade et vers 2000 heures la compagnie part pour l'avant et patrouille, il y a des blessés. Le lendemain, les Allemands bombardent Ramscapelle avec de gros obus et les avants postes. Le 11 juin, a lieu un grand bombardement sur toute le ligne de front, il est plus intense sur Nieuport. Trois attaques se déroulent en journée et deux dans la soirée, il y a de nombreuses victimes. Nous rentrons à notre ancien cantonnement. Le 12 juin, réveil à 0800 heures. J'apprends le décès de mon grand-père, il habitait LAHAGE. Le front est secoué par une terrible canonnade.

Le lendemain, dimanche, j'assiste à la messe militaire, le 11, nous sommes au repos.

Les 14 et 15 juin, les Allemands bombardent le village de Wulpen, qui est situé tout près de notre cantonnement. Des civils vivent encore dans ce village. On se sauve dans les tranchées qui entourent le village. A 2000 heures, nous repartons de l'avant pour les premières et deuxièmes lignes.

Le 16, une messe a lieu dans la tranchée, dans une chapelle que nous avons construite. 17 juin, journée assez calme pour une première ligne. Le 18 juin, réveil à 0400 heures, messe à 0800 heures dans la tranchée. Les journaux rapportent que les Français avancent du côté d'Arras et que les Russes ont repris l'offensive. Dans la soirée nous sommes de garde aux avants postes. Le lendemain a lieu un bombardement qui dure toute la journée. Une rumeur dit que l'ennemi renforce le front avec 11 divisions, 350000 hommes.

Le 20 juin, repos. Le 21, la compagnie est de garde. Alexandre, un camarade de Ste-Marie/semois est blessé. Le 22, inspection de la compagnie par le chef de Corps. On supprime les journaux. Le 23 juin, l'ennemi tire encore sur Wulpen et les obus tombent dans la direction de notre ancien cantonnement. Le canon tonne sur tout le front. Vers 0800 heures, nous partons en 1 ère ligne, sous le bombardement. Wulpen subit encore le bombardement. Le 24 juin, vers 2300 heures, alerte en tenue, une attaque a lieu du côté de Dixmude. Le canon donne. Le 25, repos l'après-midi. Le lendemain le canon gronde sur Dixmude. Le 27 juin, réveil à 0700 heures, 48 hommes viennent nous renforcer. Il se passe quelque chose du côté d'Ypres, car on entend une terrible canonnade de ce côté. Elle dure le jour et la nuit. Le 28 juin, inspection de tout le fourniment. Je suis désigné pour aller à la compagnie des projecteurs de tranchée à Furnes. Le 29, je me rends donc à Furnes à la nouvelle compagnie. Mais je ne me plais pas, car il faut préparer sa nourriture soi-même et le poste n'est pas plus beau. Notre mission est d'aller construire un fort de tranchée en 1 ère ligne. Les avions ennemis viennent bombarder la ville. Ils lancent une trentaine de bombes. Je demande mon retour à mon ancienne compagnie. J'y retourne en ruttomobile.

Le 01 septembre, réveil à 0500 heures, nous allons à Ramscapelle en troisième ligne, à la ferme. Le 02 septembre, je relève le nom des malades et on fait la visite. L'après-midi, je vais à la théorie des brancardiers au poste de secours. Vers 1900 heures, les Allemands bombardent la ferme pour la première fois. Des civils y habitaient encore, on est pourtant bien près du front. Durant la distribution de soupe, les Allemands bombardent à nouveau. On doit se sauver dans les tranchées. Une vingtaine d'obus tombe autour de la ferme et trois en plein dessus. Il n'y a pas de blessé. A 2100 heures, nous partons en première ligne à Requenouk, tout près des boches. Le 03, la nuit est assez calme, seuls quelques obus tombent sur notre tranchée, en tir rasant mais beaucoup n'éclatent pas le terrain étant fort humide. Les Allemands tirent principalement en direction des écluses de Nieuport, de gros obus, du 380. Ils tirent juste car l'on aperçoit de grandes colonnes d'eau monter en l'air. Le soir, nous retournons en 3 ème ligne.

Le 04 septembre, les Allemands bombardent de tous côtés vers l'arrière, Wulpen, Furnes et même Dunkerque subissent les tirs. Nous recevons aussi une douzaine d'obus. Il semble que l'on va bientôt recevoir, une nouvelle tenue kaki. Il fait très chaud aujourd'hui. Nous avons eu trois blessés. On dit que la Hollande va entrer en guerre.

5 septembre, le jour commence à poindre et la canonnade recommence. Nous travaillons dans la ferme, le soir nous retournons à Wulpen. Le 06 septembre, je reçois des nouvelles de chez nous. Mon camarade BERNE est blessé. Le 07, nous rentrons au cantonnement, on a travaillé toute la nuit. J'écris à toutes mes adresses. Le 08, repos. Le 09, repos durant la journée, nous partons en première à Beverdeek en soirée. La nuit est calme. Le 10 nous passons la journée dans nos abris. Le soir nous rentrons en troisième ligne, nous avons eu un blessé. Le 11 en soirée, nous allons protéger une compagnie de travailleurs. Le 12 septembre, repos dans nos terriers. Je rencontre Dupont de Saint-Mard. Il me dit qu'un Martini de Bellefontaine a été tué en effectuant une reconnaissance. Le 13, nous travaillons à nos abris et autres protections. Le poste de secours est bombardé. Le soir nous partons à l'arrière. Le 15, nous sommes en repos et le lendemain, nous allons travailler à Furnes. Nous partons en réserve, j'ai reçu vingt francs du chemin de fer.

Le 18, on apprend que nous allons bientôt partir en congé en France et en Angleterre. Le 20 septembre, la ferme est bombardée, un civil est blessé. Durant la nuit un drapeau belge est mis entre les lignes pour fêter le Roi. Le 21 septembre, on voit le drapeau qui flotte à la Violette, il n'y restera pas beaucoup de jours, sans doute. Les Allemands bombardent surtout aux alentours du drapeau. Le soir, on voit un phare qui éclaire le terrain devant nous, ils vérifient si on ne va pas rechercher le drapeau. Nous retournons à Wulpen. Il pleut à torrent, on se sèche comme on peut. Après on gèle, il ne fait pas chaud.

Le 30 septembre, il fait un peu meilleur, nous recevons quelques obus tout près de nous. J'écris. Je regarde un peu les phots de Blacpool, le reste de la journée se passe tranquillement.

1 er octobre, j'ai un bon rhume, vers 1500 heures, quelques obus rasent nos tranchées. Vers1900 heures, nous rentrons à Adinkerque pour huit jours. Le 02, réveil à 0600 heures, nous allons au bain à La Panne. Nous recevons un nouvel équipement et nous sommes beaucoup mieux pour se débarrasser de ses poux et autres vermines. L'après-midi, inspection de tout le nécessaire de guerre.

Le dimanche, exercice pour toute la compagnie jusque 1100 heures, après j'assiste à la messe. L'après-midi, a lieu un concert donné par la musique du 13 ème de ligne. Cela remonte le moral des troupes. Après je vois Renault. Le 05 octobre, on entend le canon qui gronde sur le front. De nombreuses troupes sont passées durant la nuit. Il se prépare quelque chose. Le 06 octobre, il y a beaucoup de malades. Sur trois jours, sept hommes sont envoyés à l'hôpital. Le canon gronde toujours, les Allemands tirent sur Furnes. Revue pour le Colonel, avec le drapeau et la musique. C'est beau mais c'est triste. L'après-midi, sortie, beaucoup attrapent leur "petite chique".

Le 07, théorie le matin, l'après-midi, tir sur la plage. La Russie envoie un ultimatum à la Bulgarie, encore un pays de plus en guerre. Nous avons à peine fini notre exercice de tir que nos bateaux patrouilleurs se mettent à tirer sur Ostende, les Allemands répondent aussitôt avec de grosses pièces. On sent la terre trembler quand le projectile touche le sol. En revenant au cantonnement, on fait de l'exercice de campagne dans les dunes. Le 08 exercice, toute la journée. Le lendemain, nous nous préparons pour partir en réserve à Wulpen village. Nous y arrivons à 1800 heures.

Le 10, repos, le canon gronde toujours. Le 11, nous partons en troisième ligne vers 1100 heures, nous y restons le soir.

Le 12, par section nous allons travailler à Ramscapelle. Le 13, en journée, même chose que la veille. Le soir nous partons vers l'avant. Nous effectuons une patrouille en avant des lignes. Cela se passe bien, nuit froide.

Le 14 octobre, on se couche à 0700 heures. Nous sommes réveillés par le bombardement de la Violette, plus de 2000 obus tombent. Du côté de Dixmude, on entend un grand vacarme, vers 2000 heures nous revenons en troisième ligne. Le 15; réveil à 0700 heures, nous restons là, un épais brouillard s'étend sur les lignes. Le soir nous retournons à Wulpen. Le 16, repos et nettoyage.

17 octobre, réveil à 0600 heures. A 0900 heures, nous partons pour aller en repos, on ne sait où. Nous dépassons Furnes et prenons la route d'Ypres. Nous marchons trois heures et arrivons au village d'Iverghem. Nous recevons de la soupe en arrivant, la soupe se faisant tout en roulant. Nous sortons dans le village. Nous sommes très logés, dans une chambre pour 15 hommes. C'est la première fois depuis le début de la guerre, que nous sommes si bien. Le 18, réveil à 0700 heures, café et visite. Il fait beau. On nous interdit de sortir du cantonnement. Le 19, réveil à 0600 heures et exercice en matinée. Les autres bataillons sont sortis des tranchées hier et sont venus nous rejoindre ici.

Les Balkans sont en guerre et je crois que ce sera la fin de la guerre, d'ici peu.

Toute la division est arrivée. J'ai vu Herman LAHURE.

Le 20 octobre, réveil à 0600 heures. Il fait beau, la compagnie part à l'exercice, on donne des congés. Le soir, on va faire une partie de cartes dans un café. Le 21, nous sommes de piquet et patrouillons dans le village. On entend le canon sur Dixmude.

22 octobre, nous sommes très bien dans notre cantonnement. Je vois HAUPERT, GARDIEN et ANNET. Le soir, de nouvelles recrues arrivent, musique en tête et aux cris de "Vive les Belges". On commence à disparaître dans les bleus.

Le 23, la compagnie part pour aller travailler, à deux de marche, sur le front. J'en suis exempt, je reste avec les malades. Ils rentrent vers 1800 heures bien fatigués.

Repos le 24, la musique joue sur la place. Les 25 et 26 octobre, réveil à 0500 heures, il pleut. Nous allons travailler et rentrons percés jusqu'aux os. Le 27 octobre, je suis envoyé à La Panne pendant que la compagnie va travailler. Le 28, théorie pour les brancardiers. Le 29 octobre, beaucoup de malades. Le 30, même occupation.

31 octobre, repos pour la journée. 01 novembre, messe à 1100 heures, le soir; les cloches sonnent le glas, c'est très triste. Nous allons vers l'hiver à grands pas.

03 novembre. Inspection et théorie, il paraît que les anciens, ceux qui ont combattu depuis le début de la guerre vont être décorés. Ils peuvent bien faire cela car il n’y en a plus au front. Mon oncle Camille m’invite de nouveau pour aller en congé chez lui. Il est réfugié en Angleterre à Blackpool. Il faut en profiter car nous allons bientôt partir au front.

Le 04 novembre, je porte mon certificat au bureau pour le mettre en règle. Je touche l’argent du chemin de fer, vingt francs . 05 novembre, réveil à 0430 heures, départ pour le travail à 13 kilomètres d’ici. Je remets mon fusil au dépôt. J’en suis exempt à partir d’aujourd’hui, assurant le service de brancardier on ne peut plus être armé.

Le Ministère français a été rechangé. Celui d’Angleterre aussi. Les Bulgares avancent toujours en Serbie.

Le 06. Travail toute la journée. Le 07, repos. Le 08 novembre à 1000 heures, messe militaire. L’après-midi, exercice. On apprend que le gouvernement grec est renversé. Le 09, après l’exercice et l’inspection, je me rends à Adinkerke, à 3 heures de marche de notre village, pour recevoir des médicaments. Je rentre très fatigué.

Aujourd’hui 10 novembre, les journaux annoncent de bonnes nouvelles, les Allemands »voudraient la paix ». Le 11 novembre, réveil à 0400 heures du matin et départ pour le travail, nous rentrons vers 1800 heures. Les deux jours suivants se déroulent de la même façon, sauf qu’il pleut à torrent et que nous trempés jusqu’aux os.

Dimanche 14 novembre, à 1100 heures nous assistons à la messe et l’après-midi au concert sur la place. Le 15, travail. Les congés pour l’Angleterre sont fermés.

Le 16, travail. Les congés sont à nouveau autorisés. Le 17 novembre, réveil à 0400 heures. Je me prépare pour aller pour la deuxième fois en congé. Je vais prendre le train à Furnes à 2,30 heures de notre village. Les routes sont très sales, surtout que j’avais ciré mes souliers. Je prends le train pour Calais où j’arrive à 1300 heures. Je fais signer mon congé et prends le bateau. Départ de celui-ci à 1530 heures. Nous sommes environ septante hommes à faire la traversée. Elle dure trois heures. Nous subissons une grosse tempête et à tout moment, on croit être englouti. J’ai cru un moment que nous y étions, car les flots venaient balayer tout le pont. Enfin, nous sommes arrivés tout de même , en chantant. Nous allons manger et dormir dans un établissement.

Le 18 novembre, on déjeune et je vais prendre le train à la gare centrale à 0800 heures. Nous arrivons à Londres à 1030 heures. Je vais faire signer mon congé. Je reçois mon coupon et le numéro de l’omnibus à prendre pour aller prendre mon train pour Blackpool. Le train part à 1210 heures et nous arrivons à 1711 heures. On m’attend à ma descente de train. Nous retournons à la maison, tout le monde est en bonne santé. Cela fait trois mois que je suis venu pour la première fois. Je me lève à 0700 heures. J’ai passé une bonne nuit. Le lit est bon, ici au moins on peut se déshabiller pour dormir, ce n’est pas comme au front.

Les jours suivants, soit je reste à la maison soit je joue avec les enfants. Le soir je vais au cinéma ou nous jouons aux cartes. Il y a beaucoup de soldats anglais qui font de l’exercice.

Le 23 novembre, je dois retourné au front. Je pars à 1000 heures. J’arrive à Folkstone vers 2230 heures et je prends la bateau pour Calais. La traversée est mauvaise. Je suis malade. Nous arrivons à Calais vers 0130 heures le 24 novembre. Je me rends à Ckivelde où nous arrivons à 0530 heures. Nous sommes changés d’emplacement, vers 0900 heures. J’arrive enfin et je peux me coucher vers 1000 heures.

Le 25, réveil à 0600 heures. Je vais passer la visite médicale pour les malades. Exercice pour la compagnie et tir l’après-midi. Il fait froid, on parle d’aller bientôt aux tranchées. En Serbie, on ne sait pas trop ce qui se passe. A mon avis, ce sera bientôt comme en Belgique. Je crois que la guerre sera bientôt finie mais pas à notre avantage.

Le 26 novembre, la compagnie prend le train de 0700 heures pour aller au travail à Furnes. Nous rentrons vers 1800 heures. Il commence à neiger. Il fait très froid.

Le lendemain, exercice la matin, l’après-midi, le canon tonne fort. Terriblement du côté de Nieuport. Cela doit être sur la mer. Nous devons partir le 05 décembre pour le front de Dixmude. D’après les journaux, la famine règne en Allemagne et des bagarres éclatent ? Je crois que c’est un peu de tout côtés que les vivres manquent.

Le28, vers 0900 heures, on voit trois avions qui survolent La Panne, ils lancent une trentaine de bombes, ce bombardement fera 20 tués. Nos canons ripostent. A 1100 heures, messe militaire à Bray. Cela fait deux jours, qu’il terriblement froid, je ne sais pas comment, on ne gèle pas la nuit. Nous dormons sur de la paille. Le 29, théorie pour les brancardiers, tir pour la compagnie. Il pleut.

30 novembre, réveil à 0500 heures. Exercice le matin. Nous devons partir le 02 décembre pour Dixmude, on dit que le secteur n’est pas trop mauvais pour le moment.

01 décembre. La compagnie doit rester dans les cantonnements. Nous nous préparons pour partir aujourd’hui. Nous recevons une nouvelle coiffure, des casques en métal. Les armées alliées ont toutes le casque. C’est assez lourd à porter mais c’est bien pour garantir la tête. On dirait des mineurs. Voilà 484 jours que la guerre dure.

02 décembre. Réveil à 0400 heures. Départ par le long de la mer. Nous prenons le tram jusqu’au village de Alveringkem, c’est un assez gros village. Il y fait très sale. Nous sommes assez bien logés dans une ferme.

03 Décembre. Réveil à 0700 heures. Repos en attendant de partir aux tranchées. J’écris aux camarades. 04 décembre. Repos toute la journée. Certains hommes partis en congé en Angleterre, ne peuvent rentrer avant le 15 décembre, la traversée étant supprimée.

Le 05 décembre, on se prépare pour partir vers 1300 heures, il y a trois de marche pour arriver aux tranchées. Près du front, nous quittons la route pour entrer dans les boyaux. Nous nous faufilons jusqu’en première ligne. Les balles sifflent en tous sens. Il fait noir. Nous sommes pour la première fois à cet endroit. Sur la droite de Dixmude, il paraît que l’on n’est pas beaucoup bombardé. Mais il passe beaucoup de balles. Nous sommes à 50 mètres des boches. La nuit se passe bien.

06 Décembre. Il y a des abris tout le long du talus de l’Yser. Nous avons un tué par balle. Nous allons par section aux tranchées de combat.

Le 07 décembre, le canon gronde de tout côté. Nous ne sommes pas tranquilles dans nos abris, car il y a des souris et rats. C’est formidable on ne sait où mettre son pain, il est toujours à moitié mangé qu’on le mette où l’on veut. On ne peut pas dormir. Nous restons en première ligne quatre jours. La fusillade ne cesse pas une minute.

08 décembre. L’ennemi nous envoie une vingtaine d’obus. Ici, tout le monde est en première ligne du docteur au Major, etc ….. Il y a des avants postes au delà de l’Yser et il faut passer le canal sur un radeau. Aujourd’hui il s’en est fallu de peu que 5 hommes se noient. Le radeau ayant versé, les hommes sont tombés dans l’Yser. Ici, on fait de petits feux dans les abris car il fait très froid.

09 décembre. Nous retournons en arrière vers le soir . Il y a trois blessés, je les conduit au poste de secours, par une noireur de tous les diables. De là, nous revenons à notre cantonnement à 15 kilomètres en arrière des lignes. Il pleut. Nous arrivons à 2200 heures mouillés jusqu’aux os et bien fatigués. Ce secteur n’est pas si bon, il y aura beaucoup de pertes. Le 8ème et le 10 ème en ont beaucoup aussi.

Le 10 décembre, nous nous réveillons à 0700 heures. Nous nettoyons et séchons notre linge. Ici, il faut une paire de chaussettes tous les jours. Nous logeons dans des fermes. Nous pataugeons dans la boue jusqu’aux genoux. Je reçois ma photo d’Angleterre. Nous ne recevons ni pain ni viande aujourd’hui. Dans les journaux, on parle tous les jours de la paix. J’ai reçu trois lettres.

Les jours suivants, nous sommes au repos et nous allons au bain à La Panne. Le 13 décembre, on se prépare pour monter de piquet durant quatre jours à Torthem. Le 14 décembre, réveil à 0700 heures. Nous ne sortons pas de la ferme afin de ne pas être repérés car cet endroit à déjà été bombardé. Nous restons couchés. Le lendemain, il fait un froid terrible et l’on reste couchés pour se tenir chaud. Les journaux annoncent la paix, mais on ne voit rien venir.

Le 16 décembre, il fait un peu moins froid. 17 décembre. Nous avons été tranquilles ces 4 jours de piquet. En cas d’attaque, nous devons aller renforcer un point ou l’autre. Ce soir, nous rentrons à notre ancien cantonnement. J’ai failli être culbuté par un cheval emballé. En rentrant, il faut faire inspection de tout son linge, car on a quelque chose qui pourrait bien ne pas laisser dormir.

18 Décembre. Nettoyage et repos.

 

 

 

19 Décembre. Réveil à 0700 heures. Rassemblement pour inspection des casques. A ce moment, un avion ennemi vient bombarder le village d’ Alveringkem visant l’église. Comme c’est dimanche, il y avait beaucoup de monde à l’intérieur. Il y a deux tués et cinq blessés .Le canon gronde sur tout le front. Il paraît que les Allemands vont bientôt attaquer sur le front de l’Yser. Dans les Balkans cela ne va pas. La Serbie est prise, les Dardanelles vont être abandonnées. La guerre ne prend pas fort belle tournure.

20 décembre. Le canon tonne jour et nuit. L’offensive aura peut-être lieu le 21, le Kaiser étant à Bruxelles. Je retrouve Firmin GUIRSCH.

21 décembre. Nous partons pour la première ligne à 0200 heures, il pleut. L’ennemi bombarde notre route à OudeCapelle et la première ligne aussi. La relève se passe bien quand même. On relève seulement quelques blessés. Le 22 , la journée se passe bien. Il y a une batterie de fusils qui tire d’enfilade sur nos passerelles et beaucoup d’hommes sont blessés à ces endroits. Notre compagnie a trois blessés. Le 23, vers 0900 heures, l’ennemi bombarde l’avant de nos postes et la première ligne. Nous recevons deux cents obus. Le soir, nous relevons deux blessés.

Le 24 décembre, le bombardement recommence. Quelques abris sont détruits, il y a un blessé grave. Nous le transportons vers l’arrière en passant dans les boyaux. Nous mettons une heure pour l’acheminer. La nuit se passe tranquillement.

25 Décembre. Bonne journée. On met le périscope pour regarder ce que les Allemands font dans leurs lignes. Ils tirent sur les périscopes. Il y a beaucoup d’eau dans nos abris. Voilà comment nous passons la nuit de Noël. C’est la deuxième depuis le début de la guerre. Les Allemands respectent la nuit de Noël, car on n’entend aucun coup de canon de la journée ni de la nuit. Nous retournons à notre cantonnement, mais cela n’est pas facile l’eau passe au-dessus des passerelles et les hommes qui viennent nous remplacer sont obligés de passer dans l’eau. Ils en ont jusqu’aux genoux.

26 décembre. Réveil à 0700 heures, la compagnie est de piquet, on ne peut pas sortir de notre cantonnement. Le 27, la compagnie va au bain chaud, nous rentrons vers 1000 heures. J’écris à mes camarades pour les fêtes. Oncle Camille m’a déjà envoyé ses vœux. Le28 décembre, on reçoit les cadeaux de nouvel an, pipe, tabac, chocolat, cigarettes.

29 décembre. Nous nous préparons pour partir de piquet, distribution de bâche pour la pluie, nous partons à 1500 heures, nous travaillons jusque 0400 heures du matin. Nous sommes très fatigués. Le 30, nous dormons jusque midi. A 1700 heures, nous partons travailler, sans manger et rentrons vers 0200 heures. A notre retour, nous recevons de la soupe. 31 décembre, réveil à 0700 heures. Le canon donne fort du côté de Ypres. A 1900 heures, nous partons travailler derrière la première ligne. Les Allemands fêtent la nouvelle année, en tirant, partout, de tous côtés. Ils lancent des fusées blanches qui éclairent tout le front durant dix minutes.

1 er janvier 1916. Premier jour de l’an, on n’est pas plus avancé que l’an dernier. Espérons que cela ne durera plus longtemps. Nous rentrons du travail vers 0100 heures. On se souhaite une bonne année. Nous restons au repos. On écrit.

Le 2 janvier, nous repartons vers l’arrière. Les 03 et 04 janvier, repos et bain. Nous recevons du linge et des cigarettes.

05 Janvier. Après-midi , le bataillon est en alerte en tenue de départ, inspection du colonel. Les Français et Anglais restent à Salonique. Les Russes ont repris l’offensive et font des prisonniers. Le 06, on est prêt à partir à 0200 heures pour la première ligne, nous arrivons à 0600 heures. Nous relions la deuxième division. On ne peut pas rester sur les passerelles car les balles viennent de derrière ici. Nous sommes tranquilles, nous avons des lits avec couchette.

Le 07 janvier, le canon tonne de bonne heure et de tous côtés, on ne parle plus de paix. Les alliés n’en veulent pas, il nous faut la victoire finale. La nuit les Allemands bombardent le boyau que nous construisons. Le 08, journée tranquille. Il fait très froid. Pendant la nuit, nous avons un blessé que nous devons conduire à la ferme du Colonel. Le 09, nous assistons à un combat d’avions. La 2ème division est bombardée.

Le 10 janvier. Réveil par le bombardement de notre ligne par trois pièces différentes. A 1100 heures plus de mille obus sont déjà tombés et notre artillerie n’a pas encore tirer un seul coup, ils ont peur sans doute, eux qui sont en arrière. Ils nous bombardent ainsi toute la journée, cela doit être pour la fête de leur Kaiser. Des officiers se trouvant derrière nous en deuxième ligne sont tués. Vers 0400 heures, le bombardement se fait encore plus fort. Sur Nieuport. Vers 0600 heures, c’est la relève. Nous devons faire un grand détour pour rentrer au cantonnement pour éviter le bombardement. Je ne sais comment il n’y a pas eu plus de blessés avec tous ses hommes, plus de mille, qui voyagent sur les passerelles. Nous rentrons à 0100 heures.

Le 11 janvier. Repos et nettoyage. Nous sommes très sales, nous avons de la boue partout. Je reçois beaucoup de nouvelles des amis et la photo de Lucien LASSERONT.

Le 12 janvier. Exercice pour la compagnie. Les Allemands ont attaqué en Champagne sur huit kilomètres, ils ont été repoussés. Le 13 janvier, repos. Le 14 janvier, alerte pour le bataillon à 0500 heures. Le Major pense que nous allons partir à la ferme des 4 paratonnerres. En arrivant, nous allons pousser des wagonnets avec matériau en première ligne. Nous rentrons vers 2200 heures, très fatigués. Nous mangeons et allons nous coucher . Le 15 , on ne fait rien. Le 16, nous allons aux wagonnets. Le 17 janvier, en journée nous sommes au repos. Le soir nous allons aux wagonnets. Le 18, nous nettoyons nos effets, un peloton va au bain, on raconte que le Montenegro a capitulé.

Le 19 janvier. Réveil au clairon maintenant. Le reste de la compagnie va au bain, car les hommes sont plein de boutons et ont des démangeaisons. Les 20 et 21 janvier, nous sommes en repos. Pour le Montenegro, cela est un mystère. Le Roi s’est sauvé en Italie..

Le 22 janvier, nous partons vers 0300 heures. Nous sommes le bataillon travailleur pour seize jours. Notre cantonnement est situé près du pont de Torthem, dans une ferme. De là, nous nous rendons au travail, en deuxième ligne à Dixmude. Nous recevons l’ordre de ne pas y aller aujourd’hui.

23 janvier. Repos la journée. Vers 1800 heures, nous allons travailler à la ferme du Colonel en 3ème ligne. Nous effectuons treize kilomètres pour y aller et autant pour revenir. Le 24, terrible bombardement sur Nieuport. Attaque probable.

Le 25 janvier vers 1000 heures, une escadrille de douze avions allemands vient au dessus de Torthem et lance une trentaine de bombes sur les fermes. Nous partons au travail . Une attaque a lieu sur Nieuport, le canon donne ainsi que les mitrailleuses. Le 26, réveil à 0900 heures, l’attaque sur Nieuport a été repoussé par les nôtres. Plus de vingt mille obus seraient tombés. Le 27, distribution de cadeaux. Nous travaillons au soir. Ordre de ne pas partir. Le 28 janvier, la compagnie part travailler au parc du génie à Torthem. Le 29, je m’occupe de malades toute la journée. Le 30 repos et exercice. Le 31, les journaux disent qu’un zeppelin a été bombardé Paris. Il y aurait 17 morts et beaucoup de blessés. Le soir, il y a une fusillade sur tout le front.

01 février. Aujourd’hui, il fait très froid. Sept zeppelin ont bombardé l’Angleterre. Il y aurait cinquante tués et une soixantaine de blessés. Nous rentrons du travail vers 2300 heures. Le 02 février, un zeppelin bombarde de nouveau Paris, pas dé dégâts.

03 février. Exercice pour la compagnie. L’après-midi on annonce un accident de chemin de fer sur la ligne Calais-Paris. Il y aurait une douzaine de morts. Le 04 février, exercice le matin et travail le soir. Je reste au cantonnement et lis les journaux. Le 05, exercice et piquet le soir.

06 février. A 1600 heures, départ pour le travail. Il pleut. A 2100 heures ordre nous est donné de rentrer. Nous arrivons au cantonnement à 2300 heures. On annonce la mort du Prince héritier de Turquie, mystère.

07 février. Aujourd’hui, nous avons terminé nos 16 jours de travail, nous retournons à Alveringkem. Nous changeons de cantonnement. Nous sommes dans la boue jusqu’aux genoux pour quatre jours de repos.

08 février. Un zeppelin est tombé dans la mer du nord, il a été abattu par les canons hollandais. Les 09 et 10 février, exercice et distribution de bottines.

Le 11 février, A 1600 heures, nous partons aux tranchées en 2 ème ligne, alors que nous sommes au milieu des passerelles, une attaque se produit et une fusillade terrible a lieu. Elle dure une heure, elle est accompagné de bombardement. Les balles sifflent de tous côtés. Les Allemands sont repoussés. Les quatre bataillons ont dix blessés. Vers 2100 heures, une nouvelle attaque a lieu mais elle ne dure que dix minutes. Elle se déroule du côté de Nieuport. Cela devient mauvais, une grande offensive se prépare peut-être.

12 février. Toute la matinée, les Allemands bombardent de tous côtés. Vers 0730 heures, une attaque se déclenche sur notre régiment et dure environ 30 minutes, à 0800 heures, une forte fusillade éclate sur notre gauche. Ce n’est pas de bonne augure, quelque chose se prépare. Le canon tonne terriblement du côté de Nieuport.

13 février. L’ennemi bombarde encore plus qu’hier, toute la journée, sans arrêt, nous en recevons aussi. Une escadrille d’avions ennemis passent les lignes et se dirigent sur La Panne. Vers 1900 heures, nous avons quatre blessés, trois par éclat de balles et un ancien atteint grièvement. Nous le transportons au poste de secours de la division. Le reste de la nuit se passe tranquillement.

14 février. Journée sans bombardement. De temps à autre, on entend un coup. Dans la soirée, pendant le travail, nous avons encore quatre blessés par des éclats de balles, qui viennent frapper contre les abris dans lesquels on se tient.

15 février. La journée est calme, nous descendons de piquet et nous retournons à notre cantonnement. Il pleut à torrent. Les 16 , 17 et 18, exercice et repos. Les Russes prennent la ville d’EZEROUM, c’est paraît-il une grande victoire.

19 février. Nous montons en première ligne. La relève se passe bien.

20 février. Le matin ,une escadrille d’avions alliés passe les lignes et se dirige vers la Belgique, les Allemands ont planté un drapeau devant nos avants postes, l’ennemi lance un petit ballon qui vient tomber dans nos lignes, ce doit être pour déterminer la direction du vent. Ils veulent probablement nous gazer. On prépare notre matériel. 21 février. Voilà deux jours qu’ils ne bombardent pas beaucoup. Seulement du côté d’Ypres, ils lancent des gaz.

22 février. Durant la matinée, nous eu deux blessés. L’ennemi bombarde un peu. Il neige. Les passerelles sont glissantes, c’est dangereux. De plus, les Allemands nous tirent dans le dos. Nous n’osons pas sortir de nos abris. En raison d’une forte courbe de l’Yser, nous nous trouvons en avant des Allemands et ils nous canardent de l’arrière.

23 février . Il tombe encore de la neige. Nous recevons quelques obus. Nous avons été assez tranquilles ces quatre jours. C’est rare. Nous avons un blessé en soirée. Nous le transportons au moment de la relève. Nous rentrons au cantonnement.

24 février. Réveil à 0600 heures. Les journaux nous annoncent qu’un dirigeable allemand a été abattu en France, il y a eu vingt-deux morts. Le 25 février, il fait très froid, exercice durant une heure pour la bataillon. Les Allemands lancent une grande offensive au nord de Verdun. Sept corps d’armées soit environ 280.000 hommes se sont lancés à l’offensive. Ils avancent peu. Théorie pour tous par le docteur sur l’homme en congé.

26 février. Exercice et théorie. Le lendemain, nous allons travailler en deuxième ligne. 27 février. L’offensive dure toujours à Verdun, les alliés ont perdu deux kilomètres. Le soir, nous partons au travail et rentrons à 0500 heures.

29 février, il fait beau. Les avions survolent les lignes de tous côtés. Le canon gronde aussi. Nous sommes logés dans des baraquements assez propres.

01 Mars. L’offensive à Verdun a ralenti. Les français ont perdu six kilomètres.

02 Mars. Travail en première ligne. 03 Mars .Repos.

04 Mars. L’offensive recommence à Verdun, la guerre sous-marine aussi, un grand navire le « Provence » est coulé. A Verdun, les Allemands auraient perdu 75.000 hommes. Le soir, nous allons au travail en première ligne.

05 Mars Les Allemands se font fauchés à Verdun, sans pouvoir avancer. Les Français tiennent leurs positions. Aujourd’hui, il neige.

06 Mars. Il fait assez beau. Les avions survolent les lignes. L’Adjt NAVARE a déjà abattu son sixième avion. A 1800 heures, nous partons en première ligne. Le 07, il neige, journée tranquille.

08 Mars. Les Allemands bombardent notre ancien emplacement. Il y a deux blessés. Il y a un qui gravement blessé sur tout le corps. A Verdun, les Français ont repris 4 kilomètres de terrain.

09 Mars. Au matin, il y a un blessé, nous sommes bombardés. Pour passer le temps, nous faisons la chasse aux rats. Nous en tuons une dizaine. Il y a tellement. Le soir nous sommes relevés, il y a des pertes durant l’opération. Je reviens en voiture ? Nous changeons de cantonnement. 10 et 11 Mars . Repos et nettoyage.

12 Mars. Réveil à 0700 heures. Messe à 0900 heures dans la grange de notre ferme. Une heure d’exercice. Sortie à 1600 heures. A Verdun, l’offensive allemande est à son vingtième jour et continue. L’Allemagne déclare la guerre au Portugal. Il veulent faire un nouvel emprunt de guerre.

13 Mars. Une heure d’exercice. L’après-midi, nous allons au bain. Il y a un terrible bombardement du côté d’Ypres. Le soir, nous sommes de piquet. Défense de sortir, nous avons cinéma dans notre grange.

14 Mars. Nous nous préparons pour partir au travail. Nous rentrons à une heure.

15 Mars. Réveil à 0800 heures, la bataille de Verdun est arrêtée. Il y aurait 200.00 tués allemands. Sur notre front, bombardement habituel. Au soir, nous nous rendons au travail. Nous remplissons des sacs de sable. Septante sacs par homme, il fait un beau clair de lune. Nous rentrons à minuit.

16 Mars. La bataille recommence encore à Verdun. Ici, nos avions voyagent beaucoup, le canon tonne un peu partout. Vers 1800 heures nous partons au travail. L’ennemi bombarde OudeCapelle, sur la route où nous devons passer, cela ne nous arrête pas, on passe quand même. Un obus est tombé au milieu de la ferme des 4 paratonnerres. Le patron est tué, le fils et la fille sont blessés. Deux vaches ont aussi été tuées. Cela s’est passé juste quand nous étions à hauteur de la ferme. Nous rentrons à minuit, bien fatigués. Ce n’est pas le tout d’aller en première ligne, il faut aussi faire des lignes de soutien vers l’arrière. Je crois que nous avons déjà retourné le peu de Belgique qui nous reste. De plus ce n’est pas le meilleur des terrains, dès que l’on creuse 50 cm, il y a de l’eau partout dans le sol.

17 Mars. Réveil à 0800 heures. Il fait beau. Le canon tonne toujours. Le soir, même travail. 18 Mars, nous revenons un peu en arrière. Le soir, une de nos escadrilles nous survole et se dirige vers l’ennemi.

19 Mars. Journée de repos. Il fait très beau. C’est dommage de se trouver à la guerre par un temps pareil. En France, ils repoussent cinq assauts des Allemands. Démission du ministre Callieni. De même en Allemagne Von Tirpitz, ministre de la marine démissionne. L’Allemagne doit bientôt attaquer sur mer, sur terre et dans les airs. Une offensive a lieu depuis quelques en Italie. Les Russes poursuivent les Turcs. 20 Mars. Exercice et inspection. Théorie et repos.

21 Mars. Les Allemands ont encore attaqué à Verdun. Ils sont à nouveau repoussé. Ils n’auront pas Verdun. Les Alliés se réunissent à Paris, en grands conseils de guerre. Il y aura sans doute bientôt du changement. Les Allemands recommencent les torpillages en Hollande.

22 Mars. Réveil à 0600 heures au son du clairon, comme à la caserne. Nous partons aujourd’hui pour les tranchées. Peut-être pour la dernière fois, car on parle de partir en grand repos. Nous partons à 1630 heures et la relève se passe bien. Nous sommes à peine installés que nous sommes bombardés avec des obus à scrapnels. Il en va ainsi toute la nuit. Nous n’avons pas de blessé.

Le jour et la nuit suivante se déroulent de la même façon.

24 Mars. Sur la matin, il neige et l’ennemi nous bombarde dans la soirée. Nous avons un blessé. Le tir était réglé, coups par heure.

25 Mars. Nous sommes réveillés par un obus qui vient éclater contre notre abri. L’ennemi nous tire sur le flanc. Nous ne pouvons dormir, nous sommes tenu en éveil par les obus.

26 Mars. Journée assez calme, le Cardinal Mercier a fort à faire en Belgique avec l’ennemi. Nous sommes relevés vers 1900 heures. Nous attendons trente minutes sur les passerelles au milieu des balles.

27, 28 et 29 mars. Repos, théorie, exercice et sortie. Le 29 mars au soir, nous sommes de piquet. 30 Mars de piquet et travail à la ferme Jagcop, nous logeons à la ferme Rabelbar. 31 mars toujours le même travail. Les Allemands ont attaqué sur la droite de Verdun, ils ont à nouveau été repoussé.

01 avril. Réveil à 11 heures. Il fait beau, le canon tonne, les avions nous survolent.